« 10 juin 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 237-238], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4886, page consultée le 24 janvier 2026.
10 juin [1848], samedi matin, 8 h.
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon pauvre amour, bonjour, je t’aime. Tu m’as trouvée hier à moitié endormie et assez souffrante et c’est dans cette charmante disposition que je t’ai répondu au sujet du rendez-vous de midi. Maintenant je m’en repends et je me battrais si je pouvais pour me punir de l’affreuse privation que je me suis imposée dans ces accès de somnambulisme et de migraine. Malheureusement cela ne remédierait à rien et j’en serai pour mon bonheur perdu aujourd’hui car il n’est guère probable que tu puisses venir me voir avant ce soir très tard ? D’ailleurs cela ne m’empêcherait pas de regretter d’avoir perdu l’occasion d’une heure passée auprès de toi depuis chez moi jusqu’à l’Assemblée1. Enfin je suis stupide, c’est évident et je n’ai que ce que je mérite. Je suis inepte, dorénavant nous organiserons cela une fois pour toutes, de cette manière je ne serai pas victime de mes cauchemarsa éveillés. Tu me diras à quelle heure je dois me trouver à Saint-Paul et je t’attendrai tous les jours de séance. C’est le seul moyen que j’aie maintenant de te voir un pauvre petit moment tous les jours et je ne suis pas femme à y renoncer deux fois. C’est beaucoup trop d’une.
Juliette
1 Ce jour-là, Victor Hugo se rend pour la première fois à l’Assemblée constituante.
a « cauchemards ».
« 10 juin 1848 » [source : BnF, Mss, NAF 16366, f. 239-240], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4886, page consultée le 24 janvier 2026.
10 juin [1848], samedi midi
De quelque manière que j’envisage mon refus de t’accompagner, je ne peux pas me
l’expliquer autrement que par la folie ou par le sommeil. Dorénavant je te défends
de
rien me demander dans cet état mixte qui n’est pas la veille, qui n’est pas le sommeil
et pendant lequel ma langue joue des tours affreux à mon cœur. Dans ce moment-ci je
suis comme une Juju empoisonnée et je ne sais ce qui me retient d’aller t’attendre
à
ta porte. Si ce n’était pas la crainte de me faire remarquer et encore plus celle
de
te voir sortir accompagné, j’aurais été t’attendre. La leçon est un peu forte.
J’espère qu’elle me profitera et que je n’aurai plus de caprices si biscornus et si
désagréablement chers à mon cœur. Merci je ne suis pas assez
riche en bonheur pour gaspiller celui qui s’offre à moi si rarement. Vraiment j’étais
saoule ou folle quand je t’ai répondu cette nuit et tu n’aurais pas dû, en honnête
homme, en abuser.
Tout cela est triste, mon pauvre bien-aimé, et tu ne saurais
trop me plaindre, car je suis très malheureuse.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
