« 23 avril 1848 » [source : MVH, 8073], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4815, page consultée le 24 janvier 2026.
23 avril [1848], dimanche matin, 9 h.
Bonjour, mon petit homme, bonjour ma joie, mon amour, mon âme bonjour. Je viens de
la
messe où j’ai prié pour toi et pour tous les êtres qui nous sont si chers dans ce
monde et dans l’autre. Si le bon Dieu exauce toutes mes prières vous devez être tous
bien heureux. Je l’espère et j’attends avec confiance et tranquillité.
Cher adoré
bien-aimé, c’est aujourd’hui que tu vas voter mais tu ne sais pas à quelle heure tu
auras fini par conséquent je ne sais pas quand j’aurai le bonheur de te voir1. Ce n’est pas ce qui me plaît le plus dans
cette élection. Sans parler de l’impatience que j’aurai tout le temps que cela durera.
Je voudrais déjà connaître quel sera le fameux œuf……. de Pâque qui pondraa cette Assemblée. Je voudrais que tu
sois élu. moins une voix mais à la façon dont cela se
passera je ne le crois pas possible. Ce qui n’est pas possible non plus, à mon grand
regret, c’est que quoi qu’ilb
arrive, on puisse se passer plus longtemps de ton génie, de ton dévouement, de ton
courage et de ton désintéressement. Je le sens avec peine car la pauvre petite lueur
de bonheur que j’ai disparaîtra dans le tourbillon des affaires publiques et je
t’avoue que mon égoïsme ne sera pas suffisamment consolé par mon patriotisme. Je
t’aime plus que je n’aime MA PATRIE, ce n’est pas ma faute.
Juliette
1 Ce jour-là ont lieu les élections de l’Assemblée nationale constituante. Candidat de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, Victor Hugo obtient près de soixante mille voix. Résultat honorable mais insuffisant pour être élu représentant du peuple.
a « pondera ».
b « quoiqu’il ».
« 23 avril 1848 » [source : MVH, 8072 ], transcr. Anne Kieffer, rév. Michèle Bertaux, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4815, page consultée le 24 janvier 2026.
23 avril [1848], dimanche après-midi, 1 h.
Qu’est-ce qui m’aurait dit qu’un jour je deviendrais une profonde politique et que je grignoteraisa du matin au soir des premiers paris d’Assemblée Nationale, des contrefilets de la liberté, des professions de foi [de le CORSAIRE ?] des diatribes enragées de la PRESSE et autre DÉMOCRATIE PACIFIQUE. Sans parler des listes des CLUBS plantés dans … la République. Je m’en fais horreur à moi-même et il me semble que je prie le gouvernement provisoire à la distance de trente-cinq millions de pieds de nez qui pourra jamais me désinfecter des blanquinismes qui me suiventb partout ? À tout [plusieurs lignes illisibles] Je t’adore.
Juliette
a « grignotterais ».
b « suit ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Constituante ; d’abord effrayée par la Révolution, elle porte secours à des victimes de la répression, et déménage cité Rodier.
- FévrierRévolution de Février : Hugo soutient d’abord la cause d’une régence ; refuse la mairie, et le poste de ministre de l’Instruction Publique proposé par Lamartine.
- 4 juinHugo est élu au scrutin complémentaire à l’Assemblée Constituante.
- 24 juinHugo fait partie des 60 commissaires nommés par la Constituante pour rétablir l’ordre.
- 1er juilletLa famille Hugo quitte la place des Vosges pour la rue de l’Isly.
- 11 septembreDiscours de Hugo pour la liberté de la presse.
- 15 septembreDiscours de Hugo contre la peine de mort.
- 15 octobreLa famille Hugo quitte la rue de l’Isly pour la rue de la Tour d’Auvergne.
- NovembreElle s’installe cité Rodier.
- 27 décembreMort de sa nièce Marie-Louise Koch.
