« 12 septembre 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 204-205], transcr. Yves Debroise, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4118, page consultée le 27 janvier 2026.
12 septembre [1847], dimanche matin, 7 h. ½
Bonjour les amis, bonjour les autres, bonjour tous les vilains sâles, comment que ça va aujourd’hui ? Toujours bien n’est-ce pas ? Vous n’êtes pas si bête de vous arrêter en si bon chemin et je vous félicite de tout mon cœur : vous savez que c’est aujourd’hui dimanche et que si vous ne venez pas de bonne heure travailler auprès de moi nous serons envahis par la canaille ce soir. Je sais bien que je peux la parquer loin de vous mais le voisinage n’en est pas moins incommode et ennuyeuxa. Cher petit homme, mon Victor adoré je voudrais ne pas perdre une seule goutte du bonheur que tu peux me donner ; c’est pour cela que je te supplie de venir de bonne heure si cela t’est possible. Tu t’en es allé bien vite cette nuit. Cependant je ne dormais pas, c’est injuste. Une autre fois je me mettrai en travers la porte. Il faudra bien que tu me passes sur le corps si tu veux t’en aller malgré moi. Je suis sûre que tu aimeras mieux rester toute la nuit que d’en venir à cette extrémité. Tu n’es pas aussi [FIER ?] que tu en as l’air. Je ne t’en faisb pas mon compliment. À la rigueur je t’aimerais mieux capable de tout sans X, que de rien.
Juliette
a « ennuieux ».
b « fait ».
« 12 septembre 1847 » [source : BnF, Mss, NAF 16365, f. 206-207], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4118, page consultée le 27 janvier 2026.
12 septembre [1847], dimanche après-midi, 1 h. ½
Cher bijou, mon doux amour, mon bien-aimé, je pense à toi et je pense combien il serait charmant de vivre dans ce moment à cent lieues de Paris côte à côte comme ces beaux petits oiseaux qui se tiennent toujours sur le même bâton. De penser à cela les larmes me viennent aux yeux de regrets et de souvenir du passé. Autrefois tous les ans nous avions ce bonheur ineffable. Maintenant il ne nous reste même pas l’espoir. Car, quoi que tu en dises, pour me faire prendre patience et m’habituer petit à petit à cette vie sans joie et sans amour, je m’aperçois trop bien que toutes ces douces jouissances sont perdues à tout jamais pour nous. Si je me trompe, et je ne demande pas mieux que de le reconnaître, le bon Dieu devrait m’envoyer la confiance et l’espoir d’un bonheur prochain. Mais, hélas ! J’ai beau me tourner de ce côté-là j’ai beau ouvrir mon cœur et mes yeux tout grands je ne vois rien venir et je ne sens en moi aucun avant-courriera, aucun pressentiment qui m’annoncent que le bonheur est près. Pardon mon Toto de ce rabâchage mélancolique. Cela tient à l’état particulier de mon esprit et de mon cœur. Je t’aime plus que jamais mais je suis triste. Ces deux choses réunies donnent le résultat que tu vois. Ce n’est pas de ma faute. Ton doux visage, ton ravissant sourire me rendent le courage et la confiance qui me manquent en ce moment hâte-toi de me les apporter.
Juliette
a « avant-courier ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
