20 juillet 1864

« 20 juillet 1864 » [source : BnF Mss, NAF 16385, f. 194], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3695, page consultée le 27 janvier 2026.

Je ferai ce que tu voudras, mon doux adoré, trop heureuse si je parviens à te contenter absolument. Cette nuit, si tu veux, je pourrai laisser passer une dose de café que je décanterai demain matin et ainsi de suite tous les jours et toutes les nuits. Cela est très facile. Seulement dans ma pensée la traditiona est que le café le meilleur et le mieux dépouillé est celui qui se fait vite. Mais là n’est pas la question. Ce que je veux, mon cher petit homme, c’est de faire ta petite cuisine du matin à ton goût. Tu avais arboré ton petit signal de bonne heure ce matin. J’espère que cela veut dire que tu as bien dormi. J’en doute encore, quoique je t’aie vu tantôt. Mais ton apparition est si courte que c’est à peine si nous avons le temps d’échanger quelques monosyllabes se croisant en sens contraire et n’aboutissant pas le plus souvent à nous convaincre l’un et l’autre de ce qui nous intéresse. J’espère, je te le répète, parce que je le désire ardemment, que tu as passé une bonne nuit sans insomnie. Quant à moi j’ai dormi jusqu’à quatre heures ce matin d’un assez bon sommeil. Depuis ce temps je suis en proie à un mal de cœur bien gênant. J’ai eu vers sept heures des velléitésb de vomir qui n’ont servi qu’à me fatiguer car je n’avais rien dans l’estomac. J’ai peu déjeunéc et sans appétit. Mais le mal de cœur persiste toujours. Le grand air me fera du bien probablement. En attendant je t’aime comme je t’aime toujours c’est-à-dire de tous les amours possibles et à la fois. Je ne te souhaite pas ta fête aujourd’hui plutôt qu’un autre jour parce que tu es toi-même la fête de mes yeux, de mon esprit, de mon cœur et de mon âme et que je t’adore depuis un bout à l’autre de l’année.

J.


Notes manuscriptologiques

a « la tradision ».

b « veilléités ».

c « j’ai peu déjeuner ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.