« 12 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 43-44], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2348, page consultée le 24 janvier 2026.
12 mai [1836], jeudi soir, 7 h. ¼.
Cher bien-aimé adoré, je vous écris en attendant mon dîner, et je vous écrirai encore
après parce que je ne veux pas vous déshabituer de lire tous les soirs mes petits
gribouillages d’amour et mes pâtés sentimentaux, parce qu’une fois que vous en auriez
perdu le pli, vous ne pourriez plus le retrouver pour lire jusqu’à 7 lettres dans une seule soirée. Or donc, vous aurez votre
contingenta ce soir comme si
de rien n’était.
Je t’aime toi, j’ai du bonheur à te donner mes soins, je suis
fière et heureuse que tu veuilles bien les accepter de moi. Pauvre cher bijou, que
je
t’aime. Tu fais partie de mon âme, tu fais partie de ma vie ou plutôt tu es mon âme
et
ma vie et je ne respire que par toi. Je ne vois et n’entends que par tes yeux et par
ta bouche, je suis toute à toi et toute en toi.
Cher petit homme, vous serez bien
charmant si vous venez tout de suite vous reposer ce soir et boire de la tisaneb. J’aurai soin d’y faire infuser
une partie de mon amour afinc de vous
engager à la boire et je cicatriserai votre plaie avec mes baisers.
Juliette
a « compte ingent ».
b « tisanne ».
c « à fin ».
« 12 mai 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 45-46], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2348, page consultée le 24 janvier 2026.
12 mai, jeudi soir 7 h. ½.
Je vous écris encore celle-ci avant le diner, qu’importe que ce soit avant, que ce
soit après, l’amour est toujours bon à prendre et encore
meilleur à donner, soit à une heure, soit à l’autre. C’est
avec cette conviction que je persiste à te défiler mon chapelet d’amour en guise de
bénédicité et je te dirai mes GRÂCES à toi en personne quand tu viendras.
Que je
vous aime, mon cher Toto, que je vous plains, mon bien-aimé malade, que je vous trouve
beau, mon cher petit amant, que vous êtes éblouissant, mon grand Victor, et que je
t’adore toi tout entier.
On dit l’amour aveugle, c’est
une vieillea tradition qu’il faut
remplacer par la nyctalopie, car je vous écris par la nuit
la plus noire et par l’absence absolue de lumière quelconque. Ce n’est pas la première
fois que le feu a remplacé la lumière avec avantage.
Je
ne sais pas si vous vous reconnaîtrez à tout ce fouillis de paroles qui
[ne ?] ressemblentb pas mal à une aiguille sans chasc dans lequel on tente d’enfiler une idée sans
en venir à bout. Enfin, pour le plus sûr, je t’envoie mon âme, mon amour et mon
esprit, et ma langue, fais-en l’usage qui te plaira le mieux.
Juliette
a « vielle ».
b « ressemble ».
c « scha ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
