17 janvier 1873

« 17 janvier 1873 » [source : BnF, Mss, NAF 16394, f. 16], transcr. Maggy Lecomte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.2243, page consultée le 26 janvier 2026.

Les nuits se suivent, mon cher adoré, mais elles ne se ressemblent pas ni pour toi ni pour moi, du moins je le crains en ce qui concerne la tienne, de nuit. Si j’en juge d’après la mienne tu l’as passée absolument blanche et je te plains car ça n’est pas drôle. Je serai bien contente si je me trompe. En attendant, mon cher adoré, je te remercie avec ce que j’ai de meilleur, de plus tendre et de plus doux pour tous les petits signaux amicaux que tu m’as faits tout à l’heure, y compris le temps que tu as bien voulu passer sous mes yeux à déchiffrer mon gribouillis. Je n’en ai pas perdu la plus imperceptible pantomime depuis celle du baiser, jusqu’à la double fausse sortie. Tout cela précédé de la chute de ma pauvre feuille que tu as laissé choir à tes pieds. Tu vois que je t’ai vu et bien vu, mon ineffable grand bien-aimé. Mais ce que tu ne pourras voir qu’après la mort c’est combien je t’aime et comment je t’aime. Jusque là il faut te contenter du peu que j’essaie de te montrer ici bas.
Aujourd’hui je vais tâcher d’être prête à sortir avec toi si le temps continue d’être beau jusqu’à tantôt comme il l’est à présent. Je donnerai en même temps la clé des champs à mes deux hannetons (lisez servantes) lesquelles sont toujours prêtes à ne rien faire. Cette bonne disposition n’est que trop souvent satisfaite, ce qui ne me fait pas toujours rire. Aujourd’hui je vais au devant en leur donnant campo1 tout l’après midi, leur santé au moins en profitera.
Cher bien-aimé, tout ce verbiage insignifiant a pour mot de la fin ce qui est le fond et le tréfondsa de mon cœur et de mon âme : je t’adore.


Notes

1 Donner campo : libérer.

Notes manuscriptologiques

a « trèfond ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

ils rentrent à Paris après la fin de l’écriture de Quatrevingt-treize. Épuisée par les infidélités de Hugo et le soupçon, elle disparaît quelques jours, pendant lesquels il est au désespoir. François-Victor, second fils de Hugo, meurt d’une tuberculose rénale.

  • 10 févrierReprise de Marion de Lorme au Théâtre-Français.
  • 1er juilletBlanche quitte Guernesey.
  • 12 juilletBlanche revient secrètement.
  • 21 juilletBlanche repart pour Paris.
  • 31 juilletHugo et Juliette Drouet arrivent à Paris.
    Blanche avoue à Hugo l’avoir trompé. Il lui pardonne.
  • 14 aoûtPaul Meurice est démis de ses fonctions de rédacteur en chef du Peuple Souverain par ses actionnaires. Le journal se sépare du Rappel, dont il était l’émanation.
  • 19 septembreAyant découvert une lettre d’amour adressée à Hugo, Juliette fuit à Bruxelles.
  • 26 septembreRetour de Juliette Drouet à Paris.
  • 4 octobreAprès avoir loué pendant deux mois une petite maison à Auteuil, ils s’installent 55 rue Pigalle.
  • 26 décembreMort de François-Victor Hugo, de la tuberculose.
  • 28 décembreEnterrement de François-Victor au Père-Lachaise.