« 17 août 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 41-42], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1546, page consultée le 24 janvier 2026.
17 août [1846], lundi matin, 7 h. ¾
Bonjour mon Victor, bonjour mon Toto, bonjour mon aimé, bonjour mon adoré petit homme. Comment vas-tu ce matin ? J’espère que tu dors encore ? Tu te couches trop tard pour avoir le droit de te lever matin. Pauvre bien-aimé, je ne peux pas penser à tout ce que tu fais sans une sorte de pitié mêlée à l’admiration pour ton sublime et intarissable génie. Je te plains dans l’âme, car il me semble impossible que l’être doux et délicat que je vois ne se fatigue et ne souffre pas du travail incessant de la pensée. Mon Victor, je te dis cela comme en revenant de Pontoise1, mais dans mon cœur, je sens et j’éprouve une adoration sans borne et une tendresse ineffable qui me font désirer de donner ma vie pour toi. Je t’aime, mon Victor, comme on doit aimer dans le ciel. Je voudrais te servir à genoux. Quand te verrai-je ? Dès que je suis éveillée, je t’attends et je te désire à tous les instants de ma vie. Tâche de venir baigner tes chers yeux2 avant d’aller à la Chambre ; cela vous sera une occasion de vous montrer dans vos beaux jours, mon cher petit coquet, et à moi celle de vous embrasser de toutes mes forces.
Juliette
1 Avoir l’air de revenir de Pontoise : avoir l’air hébété, confus, troublé.
2 Juliette évoque, à de nombreuses reprises, les problèmes ophtalmiques de Victor Hugo qui avait l’habitude de se baigner les yeux chez elle.
« 17 août 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 43-44], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1546, page consultée le 24 janvier 2026.
17 août [1846], lundi après-midi, 2 h. ¼
J’ai eu beau te désirer et t’aimer, mon Victor adoré, cela ne t’a pas fait venir avant d’aller à la Chambre ; il n’y a pas de magnétisme assez fort pour attirer un adorable petit homme, criblé d’affaires comme toi. Aussi, je renonce, non à t’aimer, ce qui n’est pas possible, mais à me confier à l’impuissance de mes désirs et de mon amour. J’aime mieux t’attendre tout bonnement. Hélas ! cela n’est pas tout bonnement impossible. Il faut que je t’espère malgré moi. Mon amour ne peut vivre que dans cet espoir, si peu souvent réalisé, mais qui soutient mon courage, tout en me donnant une espèce de fièvre d’impatience. Je ne sais pas ce que je dis. Je sens que je te rabâche des tendresses douloureuses et tristes qui sortent de mon pauvre cœur comme elles peuvent. Tout à l’heure, j’aurai repris le dessus probablement et je pourrai te sourire quand tu viendras. Pourvu que tu viennes bientôt ? Je n’ai pas la moindre idée à quelle heure peut finir cette séance royale. À en juger par le désir et le besoin que j’ai de te voir tout de suite, elle doit être archi-finie. En attendant que tu viennes, je fais force de voile pour arriver jusque-là sans pleurer. Je voudrais ne pas t’attrister de ma tristesse. Pauvre adoré, c’est bien le moins que je te montre un visage calme, doux et résigné en échange de ton dévouement, de ta générosité et de ton ineffable bonté. Et puis, je t’adore à deux genoux.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
