« 5 janvier 1864 » [source : BNF, Mss, NAF 16385, f. 6], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12966, page consultée le 24 janvier 2026.
Guernesey, 5 janvier 1864, mardi matin, 10 h.
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour et bonheur si tu as passé une bonne nuit. C’est une des premières conditions de mon bonheur quotidien et quand il me manque tout me manque. Quant à moi, j’ai très bien dormi les deux tiers de la nuit, mais à partir de quatre à cinq heures, je n’ai pas pu me rendormir. Je n’en avais probablement pas besoin puisque je ne souffrais pas et que je me porte on ne peut pas mieux ce matin. Tu m’as quitté hier un peu froidement, on dirait que la température agit sur ton cœur comme sur ton corps et que l’amour s’engourdit et se glace à l’intérieur comme tes extrémités, à l’extérieur. Peut-être aussi as-tu quelque peu honte devant le monde de laisser voir un peu de tendresse pour la pauvre vieille femme qui a le ridicule de t’aimer autant et plus que si elle était jeune. À cela je n’ai rien à dire sinon que j’ai tort et que c’est à moi à régler les battements de mon cœur sur le tien. Dorénavant je tâcherai d’y arriver mais je crains bien que mon amour ne revienne au triple galop comme mon naturel le plus naturel. N’est-ce pas aujourd’hui que tu attends ton SILAS1 de Londres ? Je m’en inquiète comme d’une corvée personnelle car j’aurai évidemment l’honneur de faire manger du veau à ce monsieur. En attendant j’attends et je t’aime comme si j’étais sûre que cela te soit bien agréable. Telle est ma force et ma confiance à preuve que je te baise depuis la tête jusqu’à [illis.].
1 Ferdinand Silas, intermédiaire de Nadar auprès de Victor Hugo, avait écrit au poète de Londres le 4 janvier pour lui demander un entretien. Il arrive à Guernesey, non le 5, mais le 7 janvier et Victor Hugo note dans son carnet qu’il l’invite à déjeuner et dîner le temps de son séjour (CFL, t. XII, p. 1443-1444). Les échanges durent être nombreux : Ferdinand Silas venait appuyer la demande de Nadar (dont le ballon, le « Géant » s’était récemment écrasé) d’une lettre de soutien pour ses expériences de navigation aérienne : celle-ci est écrite par Victor Hugo du 12 décembre 1863 au 5 janvier 1864 (CFL, t. XII, p. 1241-1251 cette lettre ainsi que celle du 5 janvier 1864). Ferdinand Silas s’était également intéressé au spiritisme, et était l’auteur d’une Instruction explicative et pratique des tables tournantes [Texte imprimé] : d’après les publications allemandes, américaines... précédée d’une Introduction sur l’action motrice du fluide par Henri Delaage, Paris : Houssiaux, 1853, 30 p. ; in-8.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
