« 13 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 165-166], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11448, page consultée le 24 janvier 2026.
13 décembre [1837], mercredi après-midi, 1 h. ½
Bonjour mon bien-aimé. Je suis honteuse de me réveiller à cette heure-ci mais
l’insomnie de cette nuit peut à la rigueur servir d’excuse. Mais vous, mon petit
homme, quelle sera votre excuse ? Vous n’avez plus de procès, vous aviez corrigé vos
épreuves, vous avez travaillé toute la nuit. Quellea est donc la raison qui vous a empêché de venir ce matin après
me l’avoir si solennellement promis ? Vous ne m’aimez plus, mon Victor, vous n’en
aimez pas encore une autre, et c’est ce qui vous empêche de vous apercevoirb de votre refroidissement pour moi.
Mais moi qui vous aime autant et plus que le premier jour, je sens trop bien votre
changement. Je t’ennuie de te dire toujours la même chose. Je devrais bien avoir assez
de courage pour me taire. Je l’essaye quelquefoisc mais sans y réussir.
Je voudrais toutes ces affaires
entièrement finies. Je crains la rage du groupe de W1. surtout quand ils sauront la publicité que tu donnes à la
lettre que tu as écrite à M2. Il aurait peut-être
été plus convenable d’attendre la réponse de M. avant de donner une si grande
publicité à la lettre. Tout cela peut s’envenimer et s’éterniser par les rapports
des
officieux et il n’en manque jamais dans ces sortes d’affaires. Tu vis de tout cela
toi, parce que cela t’est bien égal et que tu ne demandes que plaies et bosses3. Mais pour moi qui
t’aime avec les entrailles et le cœur c’est fort inquiétant. Je voudrais que tout
cela
fût bien loin derrière nous pour t’aimer en sécurité.
Juliette
1 À élucider. Voir la lettre du 11 décembre au soir. Il pourrait s’agir d’un groupe d’adversaires rassemblés autour de Jules de Wailly, chef du bureau des Théâtres au ministère de l’Intérieur.
2 À élucider. Il a déjà été question de ce mystérieux personnage dans les lettres précédentes.
3 « Chercher plaies et bosses » : expression familière pour parler d’une personne qui cherche les querelles et les coups (donc intrépide et dure au mal), ou qui a intérêt à ce que des querelles éclatent.
a « qu’elle ».
b « appercevoir ».
c « quelque fois ».
« 13 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 167-168], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11448, page consultée le 24 janvier 2026.
13 décembre [1837], mercredia soir, 5 h.
Me revoici de nouveau tourmentée mon cher bien-aimé. Je ne t’ai pas vu d’aujourd’hui.
Je ne peux pas me figurer pourquoi, ou du moins l’empêchement que je suppose ne fait
qu’ajouter encore à la tristesse naturelle de ton absence. Pourvu qu’il ne te soit
rien arrivé. Toute cette histoire de lettre et de provocation me trotte dans la tête
et me tourmente au-delà de toute expression. Mon Dieu que tu es heureux, s’il ne t’est
rien arrivé, de ne pas penser que je souffre et que j’attends. Je ne t’en veux pas.
Je
t’aime mais je suis bien malheureuse. Depuis trois mois il n’y a pas eu trois jours
de
bonheur plein pour moi, et je ne prévois pas quand cela finira. Je suis bien
malheureuse. L’heure passe et tu ne viens pas. Il faut qu’il te soit arrivé quelque
chose. J’ai le cœur trop serré pour que ce ne soit pas un pressentiment. Si je ne
te
vois pas avant dîner j’irai moi-même chez ton portier savoir si tu es sorti et depuis
quand. Quelle vie que la mienne mon Dieu. Et dire que cela ne finira jamais, car tu
m’aimes de moins en moins. Si je pouvais faire comme toi !
Je voudrais trouver
quelques mots moins tristes que tous ceux que je t’ai écrits. Je n’en trouve pas.
Celui que je suis accoutumée de te dire est si imprégné de chagrin que cela doit lui
ôter toute sa douceur. C’est égal, je le risque. Pour l’usage que tu en fais, c’est
bien assez bon mon Victor. Je t’aime.
Juliette
a « mercredi » (jour correct) est écrit en plus petit sous « mardi » (erroné mais non biffé).
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
