« 27 septembre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 139-140], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11413, page consultée le 23 janvier 2026.
27 septembre [1842], mardi après-midi, 1 h.
Je vous crois trop parti à la campagne1, mon cher petit SALOP, on ne met pas impunément le gros paletot de fatigue et on ne part pas aussi pressé que vous l’étiez tout-à-l’heure pour rien du tout. Quant à votre travail, je sais que ce n’est pas lui qui vous fait déguerpir de chez moi avec cette célérité. Donc vous êtes allé à la campagne. Donc vous êtes un affreux hypocrite, donc je vais aller me promener AU BOIS2.
2 h.
Je viens de passer par les pattes de mon merlan3, ce qui a interrompu mon épître pendant trois quarts
d’heure. Je le reprends aussi furieuse que je l’avais laissé et plus décidée que
jamais à m’aller promener AU BOIS. Tant pis pour vous, pourquoi vous en allez-vous
courir la prétentaine4 au lieu de rester ici à me faire enrager et à me SALIR
tout ?
Je ris avec vous, mon pauvre amour, pour mieux vous dire après combien je
vous aime, combien je vous admire, combien je vous adore, combien vous êtes mon Toto
grand, sublime, doux et charmant. Je baise vos ravissants petits pieds, mais le fait
est que j’ai le malheur de vous croire parti à la campagne, ce qui me rend aussi
triste et aussi maussade que le temps. Mais si j’ai le bonheur de m’être trompée,
tu
me verras la plus joyeuse et la plus heureuse des femmes. Je t’aime, toi, entends-tu ?
Je ne t’allume pas du feu parce que je crains que ce ne soit pour le roi de Prusse
et
je ne veux rien faire pour ce MONARQUE VON PRÜSSEN. D’ailleurs, ça ne serait pas le
moyen d’arriver au 7 du mois prochain. Hélas ! mon pauvre
Toto, je ne sais pas si tu sais un moyen d’y arriver en laissant glisser à cheval
sur
les 50 F., qui ne sont déjà plus que les 40 F., jusque là ; mais tu devrais me l’enseigner afin que
j’en fasse usage. Je ne sais pas comment je fais pour dépenser tant d’argent, ou
plutôt, je ne le sais que trop bien et voilà ce qui me décourage. Enfin, si tu sais
une manière plus économique, montre la moi et je m’empresserai de m’en servir. En
attendant, je t’aime SANS LA MOINDRE ÉCONOMIE.
Juliette
1 Les enfants de Victor Hugo, ainsi que sa femme, sont partis entre le 24 et le 25 août s’installer pour quelques mois à Saint-Prix dans le Val d’Oise.
2 Bois de Boulogne. Juliette menace fréquemment Hugo, jaloux, d’aller s’y promener seule.
3 Merlan (argot) : coiffeur.
4 « Courir la prétentaine » : être toujours sur les chemins ou, au sens figuré, rechercher et multiplier les escapades amoureuses.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
