Non datée

« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16324, f. 234-235], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11281, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon bien-aimé, comment vas-tu ce matin ? Tu n’es pas venu et je n’ai pas le courage de t’en vouloir parce que je pense que tu as beaucoup travaillé et que tu es épuisé de fatigue. Je voudrais te voir pour te délasser à force de caresses, je voudrais te voir pour te dire que je t’aime, que je n’ai pas une seule pensée qui ne soit à toi, je voudrais te voir pour te voir parce que ta vue, c’est ma vie.
Je me suis levée un peu tard ce matin parce que j’ai relub dans mon lit toutes les admirables choses que tu m’as donnéesc hier. Je ne peux pas me lasser de lire et d’admirerd. C’est avec un gros soupir que je les ai mises sous clef car quoique je sois seule chez moi, je tremble toujours qu’on ne me prenne mes trésors. Je suis certainement plus drôle que Guiaud Harpagon gardant ses richesses2.
À propos, je viens de lire dans la Revue de Paris qui doit être bien informée que « M. Victor Hugo et toute sa famille assistait à la première représentation de Marguerite de Quélus »e3. Je ne peux pas supposer que tu m’aies fait un mystère de ta présence à cette soirée. Dans le cas où tu aurais commis cette faute, je te prie de me le dire. Je te pardonnerai de tout mon cœur à la condition de ne me plus rien cacherf. Je t’aime trop pour être trompée.

Juliette


Notes

1 La lettre cite la livraison de la Revue du Paris du dimanche 30 août. Elle peut donc avoir été écrite le 31 août (c’est le plus vraisemblable car Juliette lisait la presse du jour que lui apportait Hugo) ou le 7 septembre.

2 M. Guiaud incarna Harpagon dans L’Avare, de Molière, joué régulièrement au Théâtre-Français en 1835.

3 « Chronique », Revue de Paris, 2e série, t. XX, 5e liv., 30 août 1835, p. 351 [Remerciements à Guillaume Cousin]. Marguerite de Quélus, drame de Desnoyers, Paul Foucher (frère de Mme Hugo) et Lavergne, a été créé à l’Ambigu-Comique le 24 août 1835.

Notes manuscriptologiques

a Date rajoutée sur le manuscrit d’une main différente de celle de Juliette.

b « relue ».

c « donné ».

d « amirer ».

e Ajouté dans l’interligne « 24 août 1835 » d’une autre main que celle de Juliette.

f « caché ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.

  • 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
  • 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
  • 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
  • 17 octobreLes Chants du crépuscule.
  • 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.