« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16323, f. 287-288], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11007, page consultée le 27 janvier 2026.
Mardi soir, 8 h. ½
Mon bon cher petit homme, avant tout je te demande pardon de mes bêtises de tout à
l’heure. Mais comme tu l’as bien deviné, j’étais dans un tel état d’irritation que
je
ne savais vraiment plus ce que je disais et que je méritaisa plus de compassionb que de blâme. Mais c’est égal. Je te
demande bien pardon de toutes mes méchancetésc. Je m’en repens. Toi seul es bon, toi seul es vraiment
noble et généreuxd. Je t’aime ! Tu es toute ma joie, le reste je m’en fiche.
Mon cher bien-aimé, je t’avais écrit une
lettre bien gaie un quart d’heure avant l’orage qui a fondu sur moi. Je voudrais à
présent t’écrire une petite lettre sinon bien gaie du moins bien tendre pour que tu
ne
t’aperçoivese pas trop de la révolution que j’ai
euef tantôt. Ainsi, je t’aime mon
Victor. C’est bien vrai. Je ne pourrais jamais vivre sans toi. Je te le dis bien du
fond du cœur parce que c’est la pure et sainte vérité.
La portière que j’avais
fait demander vientg de monter à
présent : j’ai su tout ce que je voulais savoir sans rien risquer. Je pense que
l’affaire n’aura aucune suite, ou du moins que cela ne signifiera rien du tout. Aussi,
me voilà très rassurée. Je souffre en ce moment d’une douleur nerveuse au cœur, d’une
manière insupportable. Mais cela ne m’en fait sentir que mieux que je t’aime, que
tu
es le fil qui me retient à la vie ou plutôth, tu es ma vie même.
Je te baise partout, je t’adore à genoux. Je
ne sais pas trop ce que je t’ai écriti, mais ce que j’ai sentij en l’écrivant, c’est de l’amour.
a « méritait ».
b « compation ».
c « méchancetées ».
d « Toi seul est bon, toi seul est vraiment noble et généreux. ».
e « apperçoives ».
f « eu ».
g « viens ».
h « plus tôt ».
i « écris ».
j « sentie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
