« Non datée » [source : BnF, Mss, NAF 16323, f. 231-232], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10978, page consultée le 24 janvier 2026.
Jeudi matin, 10 h. ¾
Bonjour, mon bien-aimé, vous n’êtes pas venu encore ce matin, et moi je vous
attendais. J’ai passé une bonne nuit, je ne me suis pas relevée du tout. Il m’a semblé
que tu n’es pas sorti tout de suite hier de la maison, et un quart d’heure après toi,
on a frappé un gros coup. J’ai cru que c’était toi qui rentrait, mais je me suis
trompée évidemment. Je vais toujours faire monter la portière comme nous en sommes
convenus hier au soir. Je saurai ce qui a été dit à la lettre. Je voudrais comme toi
que l’affaire se renouât. Il y aurait pour nous économie d’ennuis, de peines et
d’argent, ce qui est bien quelque chose pour deux pauvres petits amoureux comme nous
sommes. Ce que tu m’as dit hier sur la nécessité de travailler, de ne pas me voir,
me
fait trembler pour aujourd’hui. Je crains que tu ne mettes cette dure nécessité en
œuvre aujourd’hui même, sans me demander si je suis prête.
Il est vrai que ma réponse ne différerait pas plus un jour que l’autre, et serait
cellea que tous les amoureux
connaissent. Je ne suis pas prête du tout. Si mon
pressentiment ne me trompait pas, si en effet tu travailles et que tu ne puisses pas
venir, je ferai tout mon possible pour ne pas souffrir, je tâcherai de vivre dans
le
coin le plus heureux de mon cœur, mais il faut pour cela que tu ne me trompes pas,
toi. Il ne faut pas pendant ce temps-là que ton temps, celui que tu me dois lorsque
tu
ne travailles pas, se passeben promenades criminelles, en conversations plus ou moins
coupables, car alors, j’ai le droit de me faire tout le mal que je voudrai et Dieu
sait que je m’en ferai le plus que je pourrai. Vous entendez ? Voici le soleil qui
se
fait caissier d’Angelo pour ce soir, la recette sera un peu
plus brillante que ses rayons.
Moi, je voudrais te voir. J’ai soif et faim de ton
corps et de ton âme. Si tu savais comme je t’aime.
Juliette
a « celles ».
b « ce passe ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
