« 24 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 273-274], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10196, page consultée le 24 janvier 2026.
24 décembre [1836], samedi matin, 11 h.
Bonjour, cher bien aimé. Tu as encore travaillé cette nuit. J’ai honte vraiment
quand j’y pense, ou pour parler plus sincèrement j’ai du chagrin d’être la cause d’une
si rude et si laborieuse tâche. Mon Toto chéri, je ne veux plus que tu me donnes rien
pour mes étrennes, à moins que cela ne te coûte ni argent
ni veille. Ainsi tu me donneras tes beaux livres,
avec un mot de ta chère petite main, et je serai trop comblée. Tu peux croire à la
sincérité de mes paroles. De même que je te disais : jeveux des étrennes, maintenant je te dis : je n’en veux pas de celles qui coûtent de l’argent, parce que
l’argent c’est ton repos, c’est ta santé, c’est ta vie, c’est notre bonheur, et il
n’y
a pas d’étrennes au monde qui vaillent une de ces choses là. Aussi mon cher bien-aimé,
je te prie de ne pas m’en donner d’autres que celles que je t’ai indiquées et que
j’attends avec impatience.
J’espère que si vous allez à Passy ou autre part vous viendrez me chercher. Ce sera toujours un petit rayon
de bonheur que je prendrai à travers les corps épais des académiciens. Je vais donc
me
lever pour être prête. Mille millions de baisers sur toutes les parties de votre
corps, même les plus secrètes.
Juliette
« 24 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 275-276], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10196, page consultée le 24 janvier 2026.
24 décembre [1836], samedi soir, 4 h.
Mais mon cher homme vous faites donc vos visites sans moi1, hein ? Vous avez deux
fois tort, parce que vous m’auriez fait du bonheur et que je vous aurais tenu très
chaud à vos petites pattes, VOUS ÊTES PRESQUE UN ACADEMICIEN.
J’ai là une petite
lettre du [Martignon ?] que je suppose devoir être très menaçante
quoique ne l’aie pas lue. Il paraît que les créanciers veulent me donner mes étrennes.
Je la leur souhaiterai bonne et heureuse (leur bonne année) et tout le monde sera
content.
Il me semble qu’il fait doux aujourd’hui.
Depuis ce matin que je suis sans feu, je souffle dans mes doigts. Je voudrais bien
pouvoir en faire autant sur mon pauvre nez qui a l’air d’un petit radis rose
printanier.
Si vous avez eu le malheur de sortir sans moi, vous verrez ce que je
vous ferai, je ne vous dis que cela,
J’ai l’honneur de vous aimer de toute mon
âme, et l’avantage de vous désirer de toutes mes forces avec lesquelles je suis,
Monsieur Toto, votre très amoureuse Juju [Mergauden ?]2.
1 Hugo propose à Juliette de se promener dans Paris avec elle, et de l’attendre lorsqu’il rend ses visites aux académiciens pour sa candidature.
2 La lecture ne semble pas douteuse. On retrouve ce nom (ou surnom) à d’autres reprises à cette époque. À élucider.
« 24 décembre 1836 » [source : Collection particulière], in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10196, page consultée le 24 janvier 2026.
24 décembre [1836], samedi soir, 6 h.
Vous me tourmentez toujours injustement, mon cher bien-aimé, cependant vous devriez
commencer à me connaître et à ne pas vous défier de moi à propos de tout, même d’une
tasse de café. En vérité la position plus que gênée dans
laquelle je suis, la solitude absolue dans laquelle je vis et l’injure de tous les
instants qu’il me faut entendre de vous, m’exaspère au point d’aimer mieux vous fuir
que de continuer à vivre comme une femme damnée et maudite.
C’est bien votre
faute si je me trouve si malheureuse. Personne plus que moi ne saura vous aimer et
se
dévouer à vous, mais, à l’impossible nul n’est tenu, et il m’est impossible de vivre
sous ce joug que vous rendez de plus en plus pesant. Que voulez-vous donc que je
fasse, mon bien-aimé, vous fuir ? mais j’ai à peine les ressources suffisantes pour
rester à Paris ! Rester à Paris ? mais si vous n’avez pas le courage de vous abstenir
de venir chez moi, jamais je ne prendrai celui de ne plus vous voir.
Voyez-vous ? j’ai au cœur une plaie vive grâce aux soins constants que vous prenez
de
l’entretenir dans cet état. Maintenant la moindre chose m’y cause une douleur
insupportable. Je ne sais pas à quelle opération morale je ne me soumettrais pas pour
ne plus la sentir.
Vous m’avez vraiment trop fait souffrir depuis trois ans, je
vous supplie du fond du cœur d’être avec moi moins offensant ou de me quitter
sérieusement. Jugez si je souffre.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
