« 16 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 245-246], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10188, page consultée le 26 janvier 2026.
16 décembre [1836], vendredi midi
Malade et sans feu hier au soir, je n’ai pas pu t’écrire. D’ailleurs ce que je t’aurais écrit n’aurait été que des plaintes et des reproches sur ton peu d’égard envers moi. J’ai donc mieux aimé me taire. Je t’ai attendu sans dormir jusqu’à près de trois heures du matin. Aussi lorsque tu es venu à 4 h. étais-je plongée dans le sommeil le plus profond. Je ne dis pas cela pour excuser l’accueil que je t’ai fait car il est certain qu’eussé-je été des plus éveillée, je t’aurais exprimé le chagrin de n’être pas mieux traitée par toi. Je sais bien que tu m’objecteras ton travail, mais je trouve fort triste que pour me donner du pain tu me prives de tout bonheur et de toute joie au monde. Je ne parle pas de ma santé qui s’altère de jour en jour à ce régime inverse de tout le monde. Il me semble qu’au lieu de venir à 4 h. du matin tu aurais pu venir après ta soirée, en supposant qu’il ne t’aita pas été possible de t’échapper cinq minutes dans toute une heure comme autrefois. Mais non, tu ne peux plus parce que tu ne veux plus, parce que tu ne sens plus le besoin de me consoler, de me rassurer sur des faits toujours alarmants quand on aime comme je t’aime. Aussi c’est ce qui fait ma tristesse, mon humeur comme il te plaît d’appeler mon amour malheureux. Aussi, va, je fais bien tous mes efforts [pour essayer ?] de te délivrer de moi le plus tôt possible.
Juliette
a « qu’il ne t’ai ».
« 16 décembre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 247-248], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10188, page consultée le 26 janvier 2026.
16 décembre [1836], vendredi soir, 8 h.
Et moi aussi je déborde. Il y a si longtemps qu’il pleut de l’amour dans mon cœur
que
ma vie entière est submergée, mes caves sont remplies
jusqu’aux soupiraux, mes catacombes sontaminées et infiltrées, et si vous
n’y prenez pas garde, je vous imbiberai de la tête aux pieds du même sentiment.
JOUR, MON Toto bien aimé, je vous demande bien pardon si vous plaît1, de tout mon cœur, je ne le ferai
plus jamais excepté les jours où vous vous conduirez vraiment mal avec moi.
Mon
petit Toto adoré, je préfère à tout, toi. Je ne vis que dans toi et que par toi, quand
vous êtes trop longtemps sans vous montrer à mon horizon, mon soleil, eh bien je languis, je souffre et je vous fais les mêmes reproches que
les fleurs et les arbres qui ont besoin de leur soleil pour vivre et pour fleurir
font
au leur quand il s’absente trop longtemps. Ne vous moquez pas de mes comparaisons.
Pensez plutôtb à me rendre la vie
moins triste et moins sombre en me donnant tout votre amour pour l’égayer et
l’illuminer. De mon côté je vous promets de me laisser faire et d’être la petite
personne la plus joyeuse et la plus heureuse qu’il y ait sous le ciel.
1 La faute est volontaire.
a « son ».
b « plus tôt ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
