25 juin 1863

« 25 juin 1863 » [source : BnF, Mss, NAF 16384, f. 167], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7312, page consultée le 04 mai 2026.

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Que Dieu t’envoie de bonnes nouvelles aujourd’hui, mon cher bien-aimé, pour que j’en aie le reflet et la joie dans mon âme ce soir. J’apprends que tes braves hôtes s’en vont demain ; je le regrette pour toi et surtout pour ceux qui doivent être bien heureux, bien honorés et bien touchés de ton hospitalité si noble, si tendre et si cordiale. J’espère que si M. Bastide revient te voir l’année prochaine1, je serai plus en état de le recevoir qu’en ce moment où je suis vraiment trop à l’étroit et bien fatiguée. Depuis ce matin je trime comme une pauvre MALCENAIRE2 et ma chambre n’est pas encore faite et j’aurai encore à m’habiller et à mettre le couvert. Tout cela sera fait en temps et heure mais cela ne me laisse pas une minute pour respirer et j’arrive épuisée au bout de la journée. Il est vrai que, dès que tu parais, tout est oublié, réparé et reposé et je ne sens plus que le bonheur de t’avoir. Il en sera ainsi ce soir, je le sens déjà d’avance, et MM. Bastide pourront se croire chez une femme qui a bon pied, bon œil et le reste à l’avenant. Je ferai tout ce qu’il faut pour qu’ils emportent cette illusion sur ma pauvre vieille carcasse. En attendant, je M’ÉPÊCHE, je M’ÉPÊCHE, et je t’adore en courant quatre à quatre sans m’arrêter ni me lasser jamais. Est-ce que je ne te verrai pas entre quatre zyeux avant le dîner ? Je suis sûre que tu feras tout ton possible et je t’en remercie d’avance de tout mon cœur.


Notes

1 Carnet de Victor Hugo (25 juin) : « Visité avec Bastide le château de l’Ange. Revenu à pied à St. Sampson. Dîné avec Julie et les trois Bastide, aïeul, fils et petit-fils chez Mme D. » Le lendemain, Victor Hugo ajoute : « Bastide et ses enfants repartent ce matin pour Jersey. Ils déjeunent avec moi. Bastide est comme moi, profondément triste, lui à cause de son fils. Bastide est parti à midi. »

2 Prononciation déformée de « mercenaire ». Expression empruntée à la quatrième lettre du Rhin ou Victor Hugo rapporte des dialogues entendus lors de changements de chevaux entre Mézières et Givet : « Il travaille toujours. Il travaille pire qu’un malsenaire ». (Vol. « Voyages », Œuvres complètes, Jacques Seebacher et Guy Rosa (éd.), Paris, Robert Laffont, 1985, 2002, p. 40.)

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Adèle, fille de Hugo, s’enfuit au-delà des mers à la poursuite désespérée d’un militaire dont elle est amoureuse. Mme Hugo adresse quelques signes de courtoisie à Juliette.

  • 19 maiElle signe un bail de location pour la maison du 20, Hauteville.
  • 18 juinAdèle, fille de Victor Hugo, part rejoindre le lieutenant Pinson.
  • 2 juilletMme Hugo offre et dédicace à Juliette Drouet un exemplaire de son Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.
  • 15 août-7 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
  • DécembreElle décline l’invitation de Mme Hugo à participer au dîner des enfants pauvres.