« 26 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 78-79], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10090, page consultée le 04 mai 2026.
26 octobre [1836], mardi matin, 11 h. ½
Vous êtes parti, mon cher petit homme, et il est malheureusement très probable que
vous ne reviendrez pas d’ici à longtemps, ce qui rendra ma matinée excessivement
maussade et mon déjeuner très mauvais. Je n’avais pas besoin de cela pour être triste,
il me suffisait d’avoir lu les admirables vers que vous aviez écritsa hier et qui ne me sont pas destinés1. Quoique je me rende la justice de n’être pas une
femme très poétique, il m’est toujours très pénible de voir que vous avez besoin
d’adresser vos sublimes pensées à des femmes plus favorisées que moi. Mais laissons
mes plaintes de côté. Cela n’avance à rien. Quand on sent qu’on n’est plus aimée,
on
n’a qu’à se retirer en silence, c’est ce qui est le plus digne et le plus
opportun.
J’ai vu avec plaisir que le Manière n’avait encore distrait [des nombreux reçus] qu’il avait à
moi. Au reste mes affaires pourront toujours s’arranger bien ou mal, cela importe
peu,
car cela n’ôtera pas un chagrin dans ma vie, ni n’ajoutera une douleur dans mon
avenir. Ce n’est pas là ou est le mal. Je t’attendrai encore
une heure après laquelle je saurai que tu déjeunes en ville.
J.
1 À élucider.
a « écrit ».
« 26 octobre 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16328, f. 80-81], transcr. Claudia Cardona, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10090, page consultée le 04 mai 2026.
26 octobre 1836, mercredi soir, 5 h. ½
Mon cher bien aimé, ce serait te répéter la même chose que je t’ai déjà écrite il
y a
quelques jours et sur le même sujet. Aussi j’aime mieux
employer mes pensées et mon temps d’une manière plus utile et plus agréable.
J’aime mieux parler de notre amour qui ne dépend heureusement d’aucun chef de division ni aucun ministre.
Pauvre cher enfant, comment avez-vous pu rester si longtemps sans manger ? Je ne
veux pas que vous vous laissiez mourir de faim sous aucun prétexte et je vous prie
d’envoyer paître les ministres et les sous-ministres pendant
que vous irez déjeuner. Les affaires ne s’en feront pas mieux et tout ira bien. Maintenant que vous
avez interverti à ce point l’ordre et la marche du repas, il ne me reste pas d’espoir
de vous revoir pour dîner avant 3 h. du matin.
Soyez
sûr que je serai à mon poste et que je vous servirai le pain et le vin avec le fricot à genoux et même les pieds dans le plat si vous l’aimez
mieux.
Je t’aime, mon pauvre Toto. Je t’aime bien. J’ai le cœur rempli d’amour,
et toute l’amertume qu’on cherche à y faire entrer de force ne trouve pas de place
et
reste sur mes lèvres, ce qui fait que je t’aime encore plus.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
