« 8 novembre 1847 » [source : MVH, α 9010], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4401, page consultée le 05 mai 2026.
8 novembre [1847], lundi matin, 8 h.
Bonjour, mon Toto, bonjour, mon amour, bonjour mon adoré, bonjour à toute bride et
à
tout cœur. Je vous baise à jeun parce que cela ouvre l’appétit et que cela fait grand
bien. Je vous remercie de m’avoir donné mon petit dimanche hier au soir. Sans votre
adorable complaisance, j’aurais été réduite à Céleste
Féau pour tout bonheur. C’eût été un peu chesse au physiquea et au
moral. Heureusement que votre paresse est venue en aide à ma prière et queb j’ai pu grignoterc dans
mon lit le bonheur de vous voir pendant une heure.
Maintenant je retiens la
première prochaine représentation d’Hernani1.Je ne serai pas fâchée, je l’avoue, de me délecter un peu dans
vos beaux vers pour me dégourdir de toutes ces hideuses proses de la presse périodique
et autre. Autant j’ai peu de goût ou plutôt autant j’ai horreur des belles aux cheveux d’or2,
autant j’ai de passion pour ce brave Hernani et toute sa
famille. Voilà mes doctrines littéraires. Baise-moi,
souris-moi, porte-moi et aime-moi, je le veux ou la mort.
Juliette
1 La pièce est reprise au Théâtre-Français depuis le 31 octobre.
2 La Belle aux cheveux d’or est le titre d’un conte de Mme d’Aulnoy, et d’une pièce de Cogniard donnée en août précédent au Théâtre de la Porte Saint-Martin, avec Marie Daubrun dans le rôle-titre. Or en plus d’être frustrée de théâtre, Juliette était brune…
a « phisique ».
b Rayé de petits traits verticaux.
c « grignotter ».
« 8 novembre 1847 » [source : MVH, α 9011], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4401, page consultée le 05 mai 2026.
8 novembre [1847], lundi midi
Je ne sais pas si tu as l’intention de venir de bonne heure, mon petit homme. Mais
je
sais que je te désire de toutes mes forces et que je serais bien contente si tu venais
tout de suite. D’abord tu me montrerais tes dessins, que j’ai eu la délicatesse de
ne
pas regarder, et surtout je te verrais, toi, mon beau, mon idéal, mon ravissant petit
Toto. Plus je te vois et plus je t’aime, ce qui ne veut pas dire que moins je te vois et moins je te désire, au contraire. Tout
m’est un sujet de t’aimer et de te désirer davantage. Jusqu’à présent rien n’a pu
affaiblir, ni diminuer le bonheur que j’ai à te voir. C’est ainsi et pas autrement,
tu
le sais bien au reste et je ne me plains que de ton absence sans jamais varier d’une
seconde.
J’irai demain te chercher à l’Académie. Je voudrais trouver une station
moins ennuyeuse que Féau et moins froide
qu’une église. Comment faire ? Jusqu’à présent je ne trouve rien, mais toi si inventif
et si ingénieux tu devrais tâcher de trouver, tu me rendrais un véritable service.
En
attendant je t’adore.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
