« 26 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 65-66], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10892, page consultée le 03 mai 2026.
26 avril 1843, mercredi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon cher bien-aimé, m’êtes-vous bien fidèle ?
M’aimez-vous ? Si vous faites ces deux choses bien consciencieusement je suis la plus
heureuse des femmes et je baise vos pieds. J’espère, mon pauvre ange, que tu ne te
ressens pas du mauvais temps en ta qualité d’auteur en représentations. Tu ne dois pas t’en sentir mais moi qui ne suis qu’une simple
Juju, je profite de la permission que j’ai d’être stupide et souffrante. J’ai un mal
de tête hideux qui m’a empêché de dormir toute la nuit.
J’ai envoyé Suzanne chez Guyot1 touchera les 100 F. Elle vient de revenir tout à l’heure. J’en avais besoin
parce que c’est aujourd’hui le jour de la blanchisseuse et que je lui devais déjà
12 F à Suzanne.
Maintenant, je puis attendre de pied ferme la raccommodeuse de dentelle et la fin
du
mois si rien d’inattendub ne vient
se jeter à la traverse. Mon pauvre bien-aimé, voilà un rude mois pour toi ; tout s’est
trouvé ensemble : le loyer, la pension, le Mont-de-piété, phaffenauphen2, les dettes, enfin tout ce que je traîne
d’embarras et de charges après moi : tu as supporté tout cela, mon pauvre adoré, non
seulement avec courage, mais avec une patience de saint et de martyr. Pas un mouvement
d’impatience, pas une plainte, pas le moindre signe de mécontentement ou de lassitude.
Mon pauvre adoré, toujours ton ravissant sourire doux et joyeux, toujours ton
ineffable bonté, toujours ta sublime générosité. Mon Victor adoré, je sens tout cela
mieux que je ne le sais dire et je voudrais mourir pour toi.
Juliette.
1 À identifier.
2 À élucider.
a « touché »
b « inatendu »
« 26 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 67-68], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10892, page consultée le 03 mai 2026.
26 avril 1843, mercredi soir, 6 h. ¼
Tu es bien gentil, mon amour d’être venu deux fois dans la journée. Si peu de temps
que tu restes tu me remplis les yeux et le cœur de ravissement et de bonheur. Tu vois,
du reste, que cela ne te dérange pas beaucoup de ton travail. Sois-moi bien fidèle
mon
Toto chéri pour que je sois bien confiante et bien heureuse. Le jour où tu cesserais
de m’aimer je mourrais. Je ne pourrais plus vivre quand bien même je le voudrais.
Pauvre petit homme adoré, malgré tous tes efforts, tout ton courage, te voilà en
arriéré d’une grosse somme ce mois-ci. Si nous vendions quelque chose, mon cher
bien-aimé, pour nous rabibocher un peu ? Je suis plus que toute prête depuis
longtemps, mon cher bien-aimé, tu le sais. Aussi est-ce toi qu’il faut décider à user
de cette bien légitime ressource. Si tu savais, mon Toto, comme cela me serre le cœur
quand je pense à ce que tu fais pour moi sans relâche tu comprendrais le besoin que
j’ai de me soulager personnellement en venant à ton aide par tous les moyens qui sont
en mon pouvoir. Pense à cela, mon adoré, et ne me refuse pas cette petite satisfaction
si c’est possible. Je t’aime.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
