« 7 septembre 1868 » [source : BnF, Mss, NAF 16389, f. 248], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9118, page consultée le 04 mai 2026.
Bruxelles, 7 septembre 1868, lundi matin, 8 h. ¼
Comment as-tu passé la nuit, mon cher bien-aimé ? J’ai peur que la lecture d’hier
t’ait beaucoup fatigué et je me reproche depuis d’avoir tant insisté pour te la faire
continuer. Tu as bien fait de résister à notre admiration féroce et indiscrète. Une
autre fois je tâcherai de me modérer si je peux. J’ai été très émue hier en entrant
chez toi et il m’a fallu réagir de toutes mes forces pour ne pas te laissera voir mon émotion ainsi qu’à tes chers enfants1. Je ne m’en suis tirée qu’en priant l’âme de ta noble
femme de me sourire de là-haut comme elle avait l’habitude de le faire chaque fois
que
je franchissais son seuil béni ici-bas2. Heureusement, ni toi, ni personne ne s’est aperçu de mon
attendrissement douloureux et j’en remercie Dieu, d’abord, et ta chère âme après.
Mon Dieu que ton cher petit Georges
est déjà beau ! Plus j’y pense et plus je le trouve PAREIL A
L’AUTRE, comme disait ta petite Dédé
dans son enfance, et plus je l’aime. Je voudrais être sa berceuse de jour et de nuit
pour ne le quitter jamais. Ce cher petit ange réunit en lui toutes vos adorables
ressemblances, la tienne, celle de ta femme et de son père, et c’est vous tous que
j’aime et que je bénis dans ce doux petit être.
1 Victor Hugo note dans son carnet, le 6 septembre 1868 : « JJ a dîné avec nous. J’ai lu le chapitre du pendu dans mon nouveau roman (Par ordre du roi). » Le roman achevé ne portait pas encore le titre définitif de L’Homme qui rit, que Victor Hugo donnera à son roman le 15 novembre 1868 suite à une suggestion de Paul Meurice.
2 Après une première invitation d’Adèle Hugo à Juliette Drouet le 20 décembre 1864 que celle-ci déclina, les deux femmes se rencontrent plusieurs fois à l’occasion de déjeuners à Bruxelles à l’été 1866. Le 22 janvier 1867, Adèle rend une visite à Juliette que cette dernière lui rendra le 24 janvier. Durant le séjour estival bruxellois de 1867, Juliette est également invitée plusieurs fois place des Barricades. De retour à Bruxelles en 1868, elle fait la lecture presque tous les jours à Adèle, devenue quasiment aveugle.
a Deux croix sont tracées sous « ne pas te laisser », dans l’interligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Mme Hugo, devenue presque aveugle, meurt à Bruxelles peu après la naissance de son second petit-fils. Depuis quelques mois, Juliette était invitée aux fêtes familiales, et lui faisait la lecture.
- 29 janvierHernani est joué au Royal Theatre de Jersey.
- 31 janvierHernani est joué au Théâtre Royal de Guernesey.
- 14 avrilMort de Georges, petit-fils de Victor Hugo.
- 27 juillet-9 octobreSéjour à Bruxelles.
- 16 aoûtNaissance de Georges, fils d’Alice et Charles Hugo, qui lui donnent le prénom de leur premier-né mort quatre mois plus tôt.
- 27 aoûtMort d’Adèle, femme de Victor Hugo, à Bruxelles. Hugo accompagne son cercueil jusqu’à la frontière.
