8 mars 1853

« 8 mars 1853 » [source : Maison Vacquerie - musée Victor Hugo, Villequier, inv. n° 1994.20.1 ], transcr. Marie-Jean Mazurier, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10530, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour, mon petit homme, bonjour avec l’amour et la migraine puisque tel est mon partage en ce monde. Nous verrons bien quelles seront mes attributions dans le ROYAUME DES OMBRES. En attendant, je fais une assez triste figure dans la république errante. Ce qui n’empêche pas la mer de baisser et le soleil de se lever à l’heure qu’il est et de réchauffer le paysage et les paysans qui jusqu’à présent faisaient assez grise-mine à travers les brumes et à mi-corps dans l’eau. Il paraît que c’est le moment favorable pour recueillir le goémon car presque toute la population rurale SE RUE sur cette récolte maritime. Hommes, femmes, enfants, vieillards, tous se hâtent d’emplir leurs charrettes, leurs brouettes, leurs paniers, leurs cabas. C’est une activité de vendangeurs et de moissonneuses à laquelle il ne manque qu’une pointe de gaîté française pour être tout à fait charmante. Mais ces braves Jersiais sont presque aussi taciturnes que leurs protecteurs les Anglais. Ils sont mornes dans leurs travaux et dans leurs plaisirs à l’encontre de nos AIMABLES compatriotes qui sont bruyants et amusants même dans leur chagrin. Je ne dis pas cela pour moi car j’ai la prétention d’être fort majestueuse et fort embêtante à toute sauce. Telle est ma grandeur. Ce qui ne m’empêche pas de vous aimer avec un profond entêtement et de vous désirer depuis l’aurore jusqu’à la nuit et pendant la nuit jusqu’au jour, ce qui est assez piteux même dans une île.

Juliette


« 8 mars 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16373, f. 241-242], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette et Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10530, page consultée le 24 janvier 2026.

Dites donc, beau tison de MA FLAMME, qu’est-ce qui vous a donc rendu si savant sur les flammes des autres que vous en jouez si couramment ? Quant à moi, c’est tout au plus si je distingue encore votre pauvre petit lumignon charbonné qui fut AUTREFOIS LE FLAMBEAU DE NOS AMOURS. Encore un peu et il n’y aura plus MÈCHE pour vous rallumer par aucun bout. Il est vrai que nous n’aurons plus l’inconvénient de la fumée, ce qui a peut-être son charme. Taisez-vous, VIEUX BONHOMME, je vous défends de BRÛLER pour une autre que moi. Dépêchez-vous de recevoir vos lettres et venez bien vite car je vous attends impatiemment quoi quea je dise et quoi queb je fasse pour donner le change à l’ennui de votre absence. Cependant je vais user du meilleur moyen de vous attendre avec plaisir en reprenant ma copie. Et pour peu que vous pensiez à moi et que vous m’aimiez un peu, je le sentirai à travers la distance et mon pauvre cœur s’en réjouira de lui-même et mon âme s’épanouira et je serai très heureuse quoique loin de vous. Voyez si la chose en vaut la peine, je vous livre mon bonheur pieds et poings liés.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « quoique ».

b « quoique ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.

  • 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
  • 21 novembreChâtiments.