18 janvier 1868

« 18 janvier 1868 » [source : BnF, Mss, NAF 16389, f. 18], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4040, page consultée le 03 mai 2026.

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Et moi qui croyais te surprendre au nid ! Me voilà bien attrapéea. Mais c’est à peine s’il fait jour. Comment fais-tu pour y voir à lire et à écrire ? J’espère que tu as bien dormi, c’est là l’important et que tu m’aimes, ce qui pour moi est l’indispensable. Ah ! voilà le Général Bum1 qui fait son entrée dans le monde ; qu’il soit le bienvenu, lui et son plumet de rayons. À propos de plumet, j’ai en ce moment une horrible plume qui barbouille mon papier et ma pensée au point que je ne sais ni ce que j’écris ni ce que je dis. C’est bête, c’est sale et ça tient de la plaie. Cependant, j’espère venir à bout de mon gribouillis et du mot de la fin, quand je devrais l’écrire avec le bout de mon nez : je t’aime, je t’adore.


Notes

1 Le « Bum » fait référence au coup de canon tiré du Castle Cornet au lever du soleil entre 6 et 7 h. Ce coup de canon symbolise le réveil des soldats et indique ainsi à la population que l’île est sous surveillance. Juliette utilise cette expression pour la première fois le 10 janvier 1865 : « Bum... Jour, c’est la manière dont le soleil fait son entrée dans ce pays-ci. J’y réponds par la formule : donnez-vous la peine d’entrer pendant que j’achève le gribouillis de mon autre soleil. ». Victor Hugo réutilise directement la formule de Juliette Drouet dans les Travailleurs de la mer, III, I, 1, partie datée du 30 mars 1865, à travers les paroles de Déruchette : « On ne la voyait plus, le matin, au coup de canon du point du jour, faire une révérence et dire au soleil levant : « Bum !... jour. Donnez-vous la peine d’entrer. ». » Je remercie Gérard Pouchain et Anne Kieffer pour les précieuses informations qu’ils m’ont données.

Notes manuscriptologiques

a « attrappée ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Mme Hugo, devenue presque aveugle, meurt à Bruxelles peu après la naissance de son second petit-fils. Depuis quelques mois, Juliette était invitée aux fêtes familiales, et lui faisait la lecture.

  • 29 janvierHernani est joué au Royal Theatre de Jersey.
  • 31 janvierHernani est joué au Théâtre Royal de Guernesey.
  • 14 avrilMort de Georges, petit-fils de Victor Hugo.
  • 27 juillet-9 octobreSéjour à Bruxelles.
  • 16 aoûtNaissance de Georges, fils d’Alice et Charles Hugo, qui lui donnent le prénom de leur premier-né mort quatre mois plus tôt.
  • 27 aoûtMort d’Adèle, femme de Victor Hugo, à Bruxelles. Hugo accompagne son cercueil jusqu’à la frontière.