« 19 août 1881 » [source : Collection particulière, MLM, 62260 0131/0133], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8125, page consultée le 04 mai 2026.
Paris, 19 août 1881, vendredi matin, 7 h.
Cher bien-aimé, pour toi comme pour moi, les mauvaises nuits se suivent et se
ressemblent, ce qui est une médiocre compensation. Heureusement que tu peux faire
de
ton jour la nuit, ce qui diminue un peu l’inconvénient de tes insomnies. Pour moi,
qui
ai horreur de rester couchéea après
le lever du soleil, je ne me récupère pas ; de là, ma fatigue croissante et la perte
de mes forces. Mais tout cela n’est rien tant que je te verrai vaillant et fort, et
sain d’esprit et de corps, comme tu l’es si superbement. Une bonne nouvelle ! Mme Lockroy a passé
une très bonne nuit, relativement, et se trouve beaucoup mieux ce matin. Il était
temps car la pauvre femme finissait par perdre courage. À côté de cette bonne nouvelle
j’en ai une moins satisfaisante concernant Mme Baa, laquelle paraît décidée à te pressurer outre
mesure et par tous les moyens possibles. Aujourd’hui, elle te fait écrire par une
somnambule, extra lucide, du Havre, chez laquelle elle demeure en ce moment, et à
laquelle elle a raconté, à sa façon, les prétendus services qu’elle t’a rendusb et les prétendues folles promesses que
tu lui as faites à ce sujet. Tout cela accompagné de protestations de discrétion qui pourraient passer au besoin pour des menaces. Le fâcheux dans cette sotte affaire c’est de ne
pouvoir pas y couperc court tout de
suite par l’intermédiaire d’un ami sûr et dévoué. Paul
Meurice, occupé du mariage de sa fille qu’il adore, n’a guère le temps,
sinon le cœur, dont il ne manquera jamais, de prendre fait et cause pour toi dans
cette tentative de chantage prolongé. Rouillon, indolent par nature, et que tu connais à peine, n’est pas ici
et ne voudrait pas, je crois, troubler sa grosse quiétude pour cela. Lecanu, sûr, dévoué, infatigabled, quand il s’agit de toi, n’est
pas ici non plus, et, d’ailleurs, à tort ou à raison, il ne t’est pas sympathique.
Reste Ernest Lefèvre. Mais, outre qu’il est
absent aussi, lui, il est occupé de son élection et rien ne pourrait l’en distraire.
Donc personne autour de toi à l’heure présente, pour te rendre ce bon office te tirer
des pattes de ce monstre stupidement et naïvement canaille. Autre genre
d’exploitation, une lettre signée du maire de la localité où est née cette descendante
des Hugo t’a écrit pour que tu lui viennes en aide. Et de deux !
Il ne reste que
moi, pauvre vieille mouche de ton vieux coche, qui n’en peuxe mais, si ce n’est de t’adorer avec une
persévérance digne d’un meilleur sort.
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
a « coucher ».
b « rendu ».
c « coupert ».
d « infatiguable ».
e « peut ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
une partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».
- 17 févrierMort de son beau-frère Louis Koch.
- 4 marsHommage du Sénat à Hugo.
- 31 maiLes Quatre Vents de l’esprit.
- 12 juilletUne partie de l’avenue d’Eylau est rebaptisée « avenue Victor Hugo ».
