« 26 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 97-98], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5475, page consultée le 23 janvier 2026.
26 août [1844], lundi matin, 11 h. ½
Bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour, mon cher adoré, bonjour mon Toto doux et bon,
bonjour, je t’aime. J’espère que tu auras été quitte pour une petite admonition
paternelle à ton gros Charlot et qu’à
l’heure qu’il est tous vos pauvres cœurs sont déchargés de l’affreux poids de punir.
Il vaut encore mieux pardonnera, de
toute façon, le résultat en est meilleur et notre pauvre Charlot sera trop puni déjà
de la pensée de t’avoir affligé.
J’ai été voir enfin ce rez-de-chaussée, hélas !
je suis aussi avancée qu’auparavant, parce que je ne me connais pas assez en
distribution d’appartement pour me rendre compte du parti qu’on peut tirer de telle
ou
telle disposition. Il faudra absolument que tu le voies toi-même pour t’en rendre
compte.
Je t’ai vu, mon Toto, et je suis toujours à la même place. Je n’ai pas
fait un pas depuis. Tant que tu n’auras pas vu ce logement et levéb la difficulté de ma chambre, pour ou
contre, je ne pourrai rien conclure avec le propriétaire et avec moi-même. J’ai très
mal à la tête, je t’ai à peine vu, je suis contrariée de cette rencontre du
propriétaire d’ici : tout cela réunic
me rend stupide et incapable de rien comprendre aux choses probablement les plus
faciles et les plus simples. Cette affaire est si mal emmanchée que je regrette
presque de m’y être fourrée. Enfin, demain ce sera décidé pour ou contre. En
attendant, pauvre adoré, je te remercie de ta complaisance et de ta bonté ineffable.
Je t’aime, mon Victor, et c’est pour t’aimer encore plus dans la solitude et dans
la
liberté que je désire avoir un coin tranquille et caché le plus près de toi. Je baise
ta ravissante petite bouche.
Juliette
a « pardonné ».
b « levée ».
c « réunit ».
« 26 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 99-100], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5475, page consultée le 23 janvier 2026.
26 août [1844], lundi soir, 5 h. ½
Il n’y a plus à penser au jardin, mon pauvre amour ; car dans la cloison qui sépare
le salon de la chambre, il y a au milieu une colonne qui va
rejoindre la grosse poutre du plafond et qui s’appuie sur un pilier de voûte des
caves. C’est avec un cœur bien gros que je m’avoue à moi-même cette impossibilité
matérielle. Du reste, un vieillard parfaitement accommodant et facile. Les conditions
de loyer étaient 770 F., les frais de vidange et de balayageà la charge du propriétaire. Hélas ! hélas ! hélas ! et
trois et quatre cent mille fois hélas ! C’est fini maintenant, il n’y faut plus
songer. D’ailleurs, où trouver, à la colonne près, tous les
avantages réunis dans un appartement comme ils se trouvaient dans celui-ci ? N’en
parlons plus, mon cher bien-aimé. N’en parlons plus si ce n’est pour dire combien
tu
as été bon et généreux dans toute cette affaire ! Ce n’est pas perdu, va, j’ai dans
le
cœur des trésors de reconnaissance que ta bonté y a déposés goutte à goutte depuis
plus de onze ans. Je t’aime, mon Victor, et je te vénère, et je t’admire, et je
t’adore à genoux.
Tu auras sans doute eu à faire toute la journée avec tes
éditeurs ? Je n’ai pas la douceur d’espérer que je te verrai avant le dîner.
9 h. ¼
Me revoilà de nouveau avec l’espoir et la crainte que cela réussisse ou que cela ne réussisse pas. Quoi qu’ila arrive, mon cher adoré, je n’oublierai jamais les efforts que tu as faits pour me donner cette joie. Sois béni, mon cher adoré. Sois heureux autant que tu es bon et que tu es aimé par moi.
Juliette
a « quoiqu’il ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
