« 22 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 196-197], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11457, page consultée le 06 mai 2026.
22 décembre [1837], vendredi après-midi, 1 h.
Bonjour mon petit bien-aimé. Comment allez-vous ? Vous n’êtes pas venu. Je ne vous
en veux pas. C’est tout ce que je peux faire pour vous. J’ai reçu une lettre de ma
sœur1 que j’ai lue. J’en ai une autre que je crois être de mon père2 mais je ne l’ai pas ouverte pour vous obéir.
J’ai été un peu malade cette nuit. Je ne sais pas à quoi cela tient
mais presque toutes les nuits je suis souffrante et je ne peux pas dormir. Cela tient
à une cause, probablement. Je ne sais pas laquelle. Il [est] déjà
bien tard mon petit Toto. Je voudrais bien vous voir. Si vous étiez bien avisé vous
viendriez tout de suite. Si vous ne vous forcez pas un peu mon cher petit homme vous
aurez tous les jours quelque chose qui vous empêchera de venir. Je ne veux pas
recommencer mes doléances à ce sujet mais vous devez savoir que j’ai raison de vous
parler ainsi.
Je vous aime mon cher petit Toto, c’est pour cela que je suis si
tenace et si pressante dans mes sollicitations. Jour mon chéri, jour NONO. Je vous
baiserais à mort si je vous avais dans ce moment-ci en ma possession. Vous ne savez
jamais saisir les bons moments. Vous êtes une bête. À bientôt. Je t’aime, je t’aime
qu’on vous dit, et de toutes mes forces.
Juliette
1 Renée, l’aînée de la fratrie.
2 René-Henry Drouet, son oncle qu’elle considère comme son père parce qu’il l’a recueillie orpheline et en partie élevée.
« 22 décembre 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16332, f. 198-199], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11457, page consultée le 06 mai 2026.
22 décembre [1837], vendredi soir, 6 h. ¼
J’ai beau m’occuper des affaires de ma maison, je ne peux pas m’empêcher de trouver
long le temps où je ne te vois pas. Je suis très triste et un peu malade. Je voudrais
l’être tout à fait parce qu’alors la sollicitude et la pitié te feraient venir plus
souvent. Tu n’es presque pas venu hier, aujourd’hui cinq minutes, et demain tu iras
sans doute à la représentation de Dumas ou
de ton beau-frère1. Et tu veux que je ne sois pas triste et amère quand je
pense que depuis quatre mois tu n’as pas eu une soirée entière à me donner ! C’est
impossible, mon pauvre bien-aimé, et si j’étais indifférente sur ce changement de
vie
c’est que je ne t’aimerais pas. Le jour où je trouverai tout simple que tu ne viennes
pas, ce jour-là nous pourrons nous considérer comme parfaitement libérés de cette
atroce passion qui nous tient si fort au cœur, à moi du moins, car pour toi je te
trouve d’un calme effrayant pour tout ce qui intéresse nos amours.
Je t’ennuie,
je le sens bien sans pouvoir me retenir. Il faut absolument que je prenne sur moi
de
ne pas t’écrire du tout dans des moments comme ceux-ci. De cette façon je parviendrai
à te cacher mes tourments. Je t’aime trop vois-tu.
Juliette
1 Le 23 décembre est programmé l’opéra-comique Piquillio de Dumas père et Nerval (créé le 31 octobre 1837 à l’Opéra-Comique). Le même soir, le drame Guillaume Colmann, ou les Deux Guides, par Paul Foucher, a sa première au Théâtre de la Porte-Saint-Martin.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
