« 19 juillet 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 67-68], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein , in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5689, page consultée le 01 mai 2026.
19 juillet [1837], mercredi matin, 9 h. ½
Je t’embrasse bien fort, mon cher petit Toto, pour deux raisons. La première parce
que je t’aime. Et la seconde parce que j’espère que la pauvre petite Dédé va de mieux en mieux1
puisque je ne t’ai pas vu cette nuit. C’est aujourd’hui l’anniversaire de notre retour
à Paris2. Il faisait le même temps, si tu t’en souviens, et j’étais encore plus
triste que je ne suis ce matin car tout notre bonheur venait de finir. Aujourd’hui,
j’ai en moi une espèce d’espoir qui vacille dans mon pauvre cœur comme une toute
petite chandelle allumée, exposée à un grand vent. Mais enfin je l’abrite le plus
que
je peux pour ne pas qu’elle s’éteigne, car alors je resterais dans une si profonde
obscurité que je ne pourrais plus rien distinguer au-dedans de moi que le chagrin
de
ne pas me réunir à toi pour quelques jours.
Je voudrais te voir, mon cher petit
Toto. C’est un besoin que je ne peux pas réprimer. D’un autre côté je sais que tu
as
besoin de donner tous tes soins à ta chère petite fille. Ainsi ne t’effraye pas de
mes
manifestations. Je veux bien te voir mais je veux bien aussi que tu guérisses notre
pauvre petite fille. C’est le bouquet que je te souhaite et qu’elle est bien capable
de te donner, la chère petite bien-aimée. Si tu as un moment où tu puisses t’échapper,
donne-le-moi, j’en ai bien besoin. Je t’aime, mon Victor. Je t’aime toujours plus
à ce
qu’il me semble. Quelle joie ce serait pour moi de te servir et de me dévouera à tout ce que tu aimes.
Juliette
1 Depuis la fin juin, l’état de santé de la petite Adèle, qui a fait une fièvre typhoïde, est très préoccupant.
2 Allusion au voyage en Normandie durant l’été précédent, dont l’itinéraire de retour s’était fait par Rouen et Gisors, et qui s’était achevé le 20 juillet pour que Hugo puisse retrouver les siens à la Saint-Victor le 21.
a « dévouée ».
« 19 juillet 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16331, f. 69-70], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5689, page consultée le 01 mai 2026.
19 juillet [1837], mercredi soir, 7 h. ¼
Quel charmant homme vous faites, mon Toto, quel ravissement que de vous écouter.
C’est bien vrai qu’on n’a pas le droit de se plaindre de la providence quand comme
moi
on a le bonheur d’entendre le son de votre voix un peu tous les jours. J’étais
souffrante et abattue lorsque tu es venu, maintenant je me sens bien mieux. On voit
que Toto a passé par là. Je viens de donner [un ou ?] [vos ?] deux sous à
un petit pauvre à l’intention de notre pauvre petite malade1.
Maintenant je vais t’attendre, je ne dis pas sans impatience, mais sans humeur. Soirpa, soir man. Mon dieu que vous étiez donc gentil tout à l’heure. Quel dommage que vous
soyez déjà parti. Il est vrai que si j’en crois vos fallacieuses promesses, vous allez
bientôt revenir, mais… entre vos promesses et leur exécution, il s’écoule
ordinairement assez de temps pour que vous y manquiez complètement. Voici la pluie
qui
recommence. Si vous n’avez pas de parapluie vous [serez ?] [irez ?]
saucé. RELISEZ DONC RACINE2.
Que je vous aime, mon Toto, que je t’aime, mon petit
homme chéri. Car tu n’as rien à craindre de moi, si ce n’est un désespoir d’amour.
Autrement tu peux être tranquille, rien ne peut arrêter ni mes yeux, ni ma pensée.
Je
t’aime, je t’admire, je t’adore et de plus je te respecte, je te vénère, comme quelque
chose de saint et sacré. Enfin mon cher Toto, je ne finirais pas si je voulais
énumérer tous les genres d’amour que j’éprouve. Je les résume tous dans ce mot : je
t’aime, je t’aime mon Victor.
Juliette
1 Allusion à la petite Adèle, dont l’état est toujours préoccupant après une fièvre typhoïde contractée fin juin.
2 Conseil récurrent dans les lettres des jours précédents, et dans lequel on peut deviner soit l’allusion stylistico-esthétique au classicisme, soit la connotation passionnelle, soit les deux à la fois.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
