« 14 août 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16364, f. 35-36], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1544, page consultée le 24 janvier 2026.
14 août [1846], vendredi après-midi, 2 h. ½
Mon cher petit homme adoré, tu es sans doute à la distribution Jauffret1 ? Ton bon petit cœur de père se sera laissé attendrir aux prières de Toto (deuxième du nom). À l’heure qu’il est, vous jouissez de vos triomphes, l’un portant l’autre, et vous oubliez qu’il y a, quelque part dans un coin, une pauvre vieille Juju qui n’a que vous, qui vous aime, qui vous désire et qui vous attend. Je vous pardonne parce que je sais que vous êtes heureux et je trouve de la patience, du courage et de la résignation dans votre bonheur à tous. Cela ne m’empêche pas de désirer que vous veniez tout de suite aussitôt enfin que ce sera fini. J’espérais que tu serais venu baigner tes beaux yeux adorés2 avant d’aller à cette distribution. Il paraît que tu n’en as pas eu le temps ? Je le comprends, de reste, en pensant à tout ce que tu as à faire en dehors des joies et des triomphes de famille. Maintenant, je crains que tu n’ailles à la commission des auteurs avant de venir me voir. J’en ai déjà un serrement de cœur qui ne m’annonce rien de bon. Je fais ce que je peux pour chasser cette….a
6 h.
Vous êtes bien gentil, mon Toto, d’être venu donner un démenti, en votre charmante et délicieuse personne, aux vilains pressentiments que j’avais et qui me faisaient croire que je ne vous verrais pas avant ce soir. Seulement je crois que Mme Triboulet3 a au moins une aussi grande part que moi dans cette attention délicate, et je peux, sans ingratitude, renfoncer la moitié de ma reconnaissance. N’est-ce pas, scélérat, que c’est vrai ? ah ! ha ! hah ! A ! à ! Prenez garde à vous. Je vous ferai travailler dans le salon à une bonne petite place noire qui ne vous fera pas mal aux yeux. Dans ma chambre, cela vous ferait trop loucher ; je ne veux pas. C’est convenu. Vous êtes très content, très heureux et pas du tout cartonné. Voime, voime mais che ne ferai bas [illis.] Dripoulet en vérité4 ? eh ! bien vous me verrez moi, attrapéb.
Juliette
1 Charles et François-Victor Hugo étudiaient à l’Institut Jauffret.
2 Juliette évoque à plusieurs reprises les problèmes ophtalmiques de Victor Hugo.
3 On ne sait qui est visé derrière ce sobriquet peu flatteur, emprunté au bouffon du Roi s’amuse.
4 Juliette s’amuse parfois à imiter des accents, comme ici l’accent germanique.
a Quatre points de suspension.
b « attrappé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
