« 20 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 269-270], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5529, page consultée le 24 janvier 2026.
20 octobre [1844], dimanche matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon petit Toto bien aimé, bonjour mon Toto chéri, comment vas-tu ce matin
mon cher amour ? Moi je vais très bien et mes yeux vont très bien aussi : bientôt
il
n’y paraîtra plus je l’espère.
Que je te remercie du fond du cœur, mon
bien-aimé, avec ce que j’ai de plus tendre et de plus reconnaissant en moi, pour les
paroles bénies que tu as dites à ma pauvre grande fille. Cette chère enfant, c’est
toi
qui l’as faite ce qu’elle est. Sans tes conseils, sans ta patience, sans ta douceur
et
sans ton dévouement d’ange, jamais elle ne serait arrivée où elle est. Merci à toi
pour elle et pour moi, mon divin bien-aimé. Que Dieu te rende dans tes enfants tout
le
bien que tu as fait à la mienne. Qu’il te donne en bonheur et en bénédiction tout
l’amour que j’ai pour toi dans le cœur.
Quand te verrai-je, mon Toto ? Tâche que
ce soit bientôt. Il ne fait jamais jour dans mon cœur avant que je ne t’aie vu. Tes
baisers, ce sont les rayons de soleil de ma vie.
Dépêche-toi donc de venir bien
vite, mon Victor adoré, pour faire de cette journée une journée lumineuse et joyeuse
à
ta pauvre Juju.
Clairette vient de revenir de la messe. Elle
est charmante ce matin. Le bonheur lui va bien à cette enfant. C’est une parure qui
sied bien à tout le monde et en particulier aux personnes qui aiment et je suis sûre
qu’elle nous aime autant qu’elle peut aimer. Tout à l’heure elle écrira sa lettre
à
son parrain et moi je l’enverrai avec un mot à Mme Luthereau. Mais j’ai besoin de
te voir, moi, il faut que je te vois, je ne peux pas ne pas te voir tout à l’heure
ou
je serai triste et je ne veux pas l’être aujourd’hui. Je baise tes ravissantes petites
mains.
Juliette
« 20 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 271-272], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5529, page consultée le 24 janvier 2026.
20 octobre [1844], dimanche soir, 5 h.
Mon beau petit homme, je t’aime, tu as bien fait de venir me voir deux fois et tu
aurais mieux fait encore de ne venir et de ne plus t’en aller. Oh ! alors je me serais
roulée de joie à tes pieds. Pauvre ange adoré, tu paraissais bien préoccupé et bien
fatigué tantôt. Ne va pas tomber malade, mon Dieu. Qu’est-ce que je deviendrais si
ce
malheur arrivait ? Oh ! je ne veux pas penser à cela. Le bon Dieu est trop juste pour
m’envoyer des douleurs que je ne pourrais pas supporter. Ainsi, cela ne sera pas cela,
ne peut pas être, surtout si tu as la raison de ne pas travailler au-delà de toute
mesure et de toute force humaine. Mon Victor bien aimé, pense à ta pauvre Juju et
sois
prudent.
Nous sommes encore seules Claire et moi. Clémentine est
venue me dire qu’elle ne pourrait pas dîner avec nous et je crois que les petites
Rivière en feront autant. Je me résigne
très volontiers à ce malheur pourvu qu’elles ne soient pas malades, ces pauvres jeunes
filles, comme je l’espère.
Jour Toto, jour mon cher petit o, je vous aime, qu’on vous dit.
Clairette voit s’avancer son dimanche avec
terreur. Cette chère enfant ne peut pas s’habituer à retourner avec résignation à
la
pension. Je tâche d’avoir l’air de ne pas m’en apercevoir pour ne pas exciter sa glande lacrymale. C’est bien assez que la mienne quand je ne
vous vois pas. Baisez-moi, mon Victor. Je t’adore. Voici Joséphine.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
