« 2 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 157-158], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.722, page consultée le 25 janvier 2026.
2 mars [1836], mercredi, 2 h. après-midi
Je ne t’écris qu’après avoir pris un peu de nourriture parce que, vraiment, je me
sentais trop faible pour le faire avant. Cependant, je ne suis pas malade, mon cher
petit homme bien aimé, mais je suis faible comme une pauvre vieille bête malade que
je
suis. Cela tient à l’âge et aux circonstances de cette
nuit.
Bonjour Toto, bonjour mon amour, je t’aime, il fait bien beau et ce
serait un fameux moment pour se promener un peu bras dessus, bras dessous avec son
bien-aimé. Il me semble qu’un peu d’exercice me ferait un grand bien.
J’ai rêvé
de vous toute la nuit et j’étais très MAREULEUSE et très trahie aussi. Je vous ai
donné de fameux coups. J’espère que vous ne vous en portez pas plus mal ce matin et
que mes rêves ne sont que des SONGES c’est-à-dire des mensonges. Dans cet espoir, je vous baise et vous rebaise sur toutes vos
jolies coutures.
Juliette
« 2 mars 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16326, f. 159-160], transcr. André Maget, rév. Guy Rosa, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.722, page consultée le 25 janvier 2026.
2 mars [1836], mercredi soir, 8 h. ¼
Mon cher petit homme adoré, vous m’avez fait une bien affreuse menace ce soir en me
disant que peut-être vous ne viendriez pas me voir de la soirée. J’aime à croire que
vous ne serez pas si féroce pour votre pauvre petite Juju et que vous viendrez sinon
très tôt au moins une fois dans la soirée pour qu’elle puisse vous embrasser, vous
admirer et passer une bonne nuit.
Bonjour, b o n j o u r. Comment que je vais faire si je ne
vous vois pas ce soir ? Ça ne vous inquiète pas autrement, vous. Mais, moi, c’est
différent, voyez-vous parce que je tiens la queue de ma poële1, comme on dit dans mon pays, et que je ne sais pas
comment vivre ni de quoi vivre quand je ne vous vois pas et que je n’ai pas même
l’espoir de vous voir. Je suis toute triste et je ne peux plus ni parler ni respirer.
Vous, vous vous en consolez en faisant merveilles sur merveilles ; ça vous est égal
que vos diamants soient faits avec le feu de ma vie, que vos perles se forment dans
autant de larmes de mes yeux, vous prenez toujours jusqu’à ce que la pauvre Juju n’ait
plus rien à vous donner dans ce monde ni dans l’autre. Car je sens bien que je vous
donne bien plus que ma vie, je vous donne mon âme tout entièrea. Si cette petite considération
d’une pauvre femme qui vous aime, et qui met la joie de toute sa vie dans une minute
de votre présence vous paraît quelque chose, je suis sûre de vous voir ce soir.
En attendant, je t’adore.
Juliette
1 Le sens habituel de l’expression – avoir la direction, la responsabilité – n’est pas ici très satisfaisant.
a « toute entière ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
