« 23 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 183-184], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11714, page consultée le 24 janvier 2026.
23 juin [1844], dimanche matin, 9 h. ¼
Bonjour mon petit Toto bien aimé. Bonjour cher petit homme adoré. J’espère que tu
n’es pas aussi éclopéa que moi, et
même que tu ne l’es pas du tout. Quant à moi, je suis dans le même état à peu près
qu’hier. Ma douleur de cou est aussi forte et je me suis relevée trois fois dans la
nuit. Cela ne m’empêche pas de croire que ce ne sera rien du tout. Seulement, cela
se
trouve mal pour cette pauvre Clairette.
Cette pauvre enfant n’a pas de chance ; je ne sais pas quand elle lui viendra mais
jusqu’à présent elle peut porter le nom de Mlle Guignolet1.
À propos, le fameux portrait de son père est arrivé. Sans
flatterie, il est hideux ; Claire le trouve ressemblant, cela ne m’étonne pas. Du
reste, c’est un petit dessin aux trois crayons dans un passe-partout en bois. Si on
ne
lui permet pas de l’accrocher à la tête de son lit, je le mettrai dans une armoire
dans la chambre de Suzanne jusqu’à ce
qu’elle ait la permission de l’avoir à sa pension, à moins que tu ne veuillesb pas.
Voilà un bien fameux temps
pour la réclusionnaire à perpétuité. Voime,
voime, je sais bien qu’est ce qui aura pris une pincée de poudre d’escampette
aujourd’hui, sans compter qu’on aura très bien fait et que vous en serez pour votre
RETENUE de carton. Il n’y a de retenue que pour moi mais celle-là dure depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre.
Baisez-moi, cher
monstre, et aimez-moi ou je vous tue.
Juliette
1 Avoir du guignon : être malchanceux.
a « éclopé ».
b « veuille ».
« 23 juin 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16355, f. 185-186], transcr. Mylène Attisme, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11714, page consultée le 24 janvier 2026.
23 juin [1844], dimanche soir, 9 h. ½
Je vais me déshabiller dès que je t’aurai dit tout mon cœur, tout mon amour, tous
mes désirs et tous mes regrets : – je t’aime, mon Toto, je t’adore, mon Victor ravissant, je te désire, mon beau bien-aimé, je
regrette tous les instants de ma vie que je ne passe pas avec toi. Voilà bien des
fois, depuis quelque temps, que les obstacles viennent de moi, c’est-à-dire de ma
santé et de celle de ma servante1. J’espère que
cette ridicule et absurde malingrerie va finir et que je
pourrai profiter au moins des rares instants que tu peux me donner. Ce soir, mon cou
va mieux, quoiqu’il soit encore très douloureux et très raide. Demain, je l’espère,
il
n’y paraîtra plus du tout. Ma pauvre Clairette aura eu peu d’agrément, en somme, car je ne peux pas compter
pour un plaisir bien vif de dîner avec Joséphine. Enfin, la pauvre enfant, je lui donne tout ce que je peux lui
donner : – RIEN. De cette façon, elle ne se blasera pas et le mari qui l’aura n’aura
pas grand-chose à faire pour lui paraître amusant.
Jour Toto, jour mon cher petit o. Soir papa, soir man. Bonsoir père féroce, c’est de ma faute, n’est-ce pas, si vous ne venez pas ?
Que je te voie dire ça, et tu auras affaire à moi. Je vous dis que vous êtes une bête
et voilà tout ce que vous êtes. Baisez-moi et ne faîtes pas le joli cœur avec Mme Paillard de
Villeneuve si vous tenez à votre vie.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
