27 septembre 1843

« 27 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 159-160], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10755, page consultée le 26 janvier 2026.

Je pense à toi, mon amour, mon Toto, je prie Dieu pour que tu ne sois pas triste et pour que tu ne souffres pas.
Voici un affreux temps pour la santé et pour le cœur. Quant à moi, je ne sais pas me distraire à l’affreuse influence de ce temps sombre et froid. Aussi suis-je très grimaude et très malheureuse aujourd’hui. Je voudrais dans ces moments-là ne pas t’écrire pour ne pas faire rejaillir sur toi le découragement et la démoralisation dont je suis atteinte. Je voudrais dans ces cas-là que tu ne lises pas mes gribouillis. Dans tous les cas même, je ne désire jamais que tu les lises car ce n’est jamais qu’une espèce de parodie grotesque de l’amour ineffable et charmant que j’ai dans le cœur. Tu devrais me disputer de cette petite humiliation tous les jours. Cela ne m’empêcherait pas de t’écrire, au contraire, mais je n’aurais pas à craindre de te paraître ridicule et de t’ennuyer. Je t’écrirais tous les jours et plusieurs fois par jour pour mon plaisir à moi et puis le soir en ta présence je jetterais les lettres au feu. Ce serait bien mieux ainsi. J’aurais le plaisir de causer avec toi sans t’imposer la fatigue de m’entendre. Ce serait charmant. Il me semble que si tu veux y mettre un eu de franchise cela pourra s’arranger ainsi à la satisfaction de tous les deux.
Comment vas-tu, mon Toto, comment va ton œil ? Je voudrais bien te voir, mon pauvre amour. Ta vue adorée dissiperait bien des noirs et bien des tristesses que j’ai dans l’âme. Je n’espère pourtant pas que tu viendras avant ce soir un tout petit moment avant ton dîner. Il n’est pas encore trois heures, j’ai encore bien longtemps à te désirer. Tâche de penser à moi si tu peux, mon cher amour, et plains-moi de t’aimer trop. Je baise tes yeux, tes mains, tes pieds, la place où ils se posent. Je t’aime, je te bénis, je t’adore. Je voudrais mourir pour toi.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.