« 16 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 117-118], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10744, page consultée le 24 janvier 2026.
16 septembre, samedi matin, 8 h.
Bonjour mon cher cher toujours plus adoré Toto. Comment vas-tu mon pauvre bien-aimé ?
Je pense à toi, je rêve de toi, je vis pour toi et en toi. Pense à moi aussi si tu
peux et aime-moi si tu veux, que je vive.
Je suis un peu souffrante ce matin mais
ce ne sera rien. Je t’écris de mon lit où je suis encore quoique je suis réveillée
depuis 6 h. Mais j’ai eu une grande conversation pleine de tendresse, de larmes et
de
repentir avec ma pauvre fille qui m’a écrit une lettre que j’ai trouvéea en ouvrant ma porte. Pauvre enfant, que
Dieu la conserve et la bénisse.
Comment va ta petite Dédé, mon cher amour ? Comment vont-ils tous ces
pauvres chers enfants, et toi, mon Toto, comment vas-tu, comment supportes-tu ton
chagrin, mon cher adoré ? Est-ce que je ne verrai pas quelques minutes dans la
journée, mon Toto ?J’ai bien besoin de forces et de courage, mon Toto, est-ce que
tu
ne viendras pas m’en donner ? Mon Victor bien-aimé, pense un peu à moi et
aime-moi.
J’attends tous les Lanvin ce
matin. Peut-être ne viendront-ils pas, les pauvres gens car ils sont tous dans un
triste état de santé. Mais dans le cas où ils viendraient, j’aurai toujours une pièce
libre pour te recevoir, mon bien-aimé. Je t’enverrai ton sac de nuit tantôt et si
tu
es chez toi, tu pourras renvoyer l’autre par la même occasion. Pourquoi ne puis-je
pas
te le porter moi-même ? Je te verrais et je serais heureuse. Oui, mon pauvre ange,
malgré l’affreuse tristesse dont mon cœur est plein, dès que je te vois, il me semble
que c’est le paradis qui s’ouvre pour moi. Je suis heureuse.
Je t’aime, mon
Toto, je t’adore, mon cher petit homme. Toute ma vie est en toi, c’est bien brai.
Oh !
oui, c’est bien, bien vrai. Ne sois pas malheureux, mon adoré, ne souffre pas. Regarde
autour de toi tous ceux qui t’aiment et dont tu es la joie et la vie et sois, sinon
consolé, du moins calmé et résigné.
Je baise tes pauvres yeux mouillés. Je baise
ton pauvre cœur oppressé. Je baise tes divines mains, je baise tes pieds ? Je voudrais
baiser la place où ils se posent.
Juliette
a « trouvé ».
« 16 septembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 119-120], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10744, page consultée le 24 janvier 2026.
16 septembre, samedi soir, 8 h.
Que tu es bon, que je t’aime mon Toto adoré, que tu es doux et charmant pour la
pauvre femme qui t’aime à genoux, mon Toto adoré. Je voudrais avoir ton génie pour
te
dire comment je t’aime et combien je t’aime, mon beau, mon noble, mon bien-aimé
Victor. Je t’aime de tous les amours à la fois avec la sollicitude d’une mère, le
regret d’une fille et l’admiration et l’adoration de la femme, l’enthousiasme et
l’extase d’un ange ; je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime.
Tout
à l’heure, je te voyais lumineux et phosphorescent comme la mer le soir. Tu étais
beau
et sublime et je te regardais avec mon âme comme on doit regarder Dieu au ciel dans
toute sa gloire. Mon Victor adoré, je t’aime. Je suis toute à toi et tout me vient
de
toi. Je t’aime.
Si je te dis mal ce que je sens, pense que j’ai le délire à force
de t’aimer et que je n’ai plus la conscience des mots que j’emploie pour t’exprimer
un
amour qui n’a pas son pareil sur la terre.
Oh ! Tu as bien fait de venir tout à
l’heure. J’étais si malheureuse toute la journée. J’ai eu, je crois, la fièvre très
fort car je brûlais et mes jambes ne pouvaient pas me porter. Je suis encore très
brûlante et très courbaturée ce soir mais je t’ai vu, je t’ai vu, je suis heureuse,
d’un bonheur triste mais ineffablement bon et doux. Mon Victor bien-aimé, il faut
vivre pour notre Dédé. Il faut en avoir bien
soin et ne pas la faire souffrir ce pauvre ange. Je lui donne Cocotte de tout mon cœur. Pauvre petite cocotte, elle sera bien heureuse et je suis sûre
que Dédé l’aimera quand elle connaîtra sa
douceur et sa bonté. Je voudrais lui donner ma vie comme à toi à cette chère petite
bien-aimée si elle pouvait lui être bonne à quelque chose. Je l’aime comme ma fille,
ma pauvre grande fille qui m’a écrit une si bonne lettre ce matin. Et toi je t’adore
mon Victor ravissant.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
