« 4 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 7-8], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10871, page consultée le 24 janvier 2026.
4 avril 1843, mardi matin 11 h.
Que dis-tu du temps ? C’est à en tourner le dos au bon Dieu. Il est impossible de
se
conduire plus mal et je commence à croire qu’il est abonné au National et au Constitutionnel. Je suis furieuse
contre lui. Il perd beaucoup dans mon estime et dans ma confiance depuis Les Burgraves. Il ne faudrait rien moins qu’un second déluge
d’ici à demain à l’ouverture des bureaux pour me dérider un peu mais demain,
probablement, il fera un soleil ardent. Ça finit par en devenir bête.
Toi, tu
conserves ton calme et ta sérénité au milieu de toutes les cabales humaines et
célestes. Tu fais bien mon cher adoré ! Si je ne savais pas que c’est aux dépensa de ton repos et peut-être de ta santé, je ne m’en
tourmenterais pas autrement. Mais c’est que je sais, mon cher bien-aimé, que chaque
écu de moins dans la recette, c’est une heure de moins de ton sommeil et j’avoue que
cette pensée m’irrite et m’exaspère au dernier point. Enfin, il faut vouloir ce qu’on
ne peut empêcher et laisser faire au bon Dieu des temps et des journalistes à souhait
pour la plus grande gloire et les plus grandes recettes d’une Juive1. C’est logique, de toutb
temps, les chrétiens ont fait vœu de pauvreté et se sont résignés à tous les genres
de
martyres. S’il a pour ceux qu’il aime une tendresse amère,
certes, il t’aime ardemment2. Mais moi je lui souhaite que le diable l’emporte pour lui
apprendre à faire de la pluie et du beau temps aussi mal à propos.
Comment
vas-tu mon bien-aimé ? As-tu pris un peu de repos cette nuit ? Comment vont tes beaux
yeux adorés ? Je ne peux pas penser à toi, mon bien-aimé, sans avoir le cœur plein
de
pitié et de d’admiration pour le courage avec lequel tu luttes contre toutes les
difficultés à la fois. J’ai peur cependant que tu n’y laisses un jour ta santé mon
adoré petit homme. Tâche de t’arrêter et de te reposer un peu pour ma
tranquillité.
Juliette
1 Référence à Judith, de Mme de Girardin.
2 Réplique du roi dans Marion de Lorme, Acte IV, scène 6 : « S’il a pour ceux qu’il aime une tendresse amère, / Certes, il m’aime ardemment ! »
a « au dépend ».
b « tous ».
« 4 mars 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 9-10], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10871, page consultée le 24 janvier 2026.
4 avril 1843, après midi 1 h.
Je viens d’écrire à mon beau-frère1 pour lui annoncer enfin
le bien heureux exemplaire. J’ai aussi écrit à tous mes petits bas-bretons à chacun
en
particulier en leur envoyant à chacun son lot. Je joindrai
tous ces petits gribouillis dans la caisse qui partira demain ou après probablement.
Mais quel temps ! Je n’en reviensa pas. Il m’est impossible de dire autre chose tant c’est une
chose agaçante. C’est le miracle le plus ridicule, le plus absurde et le plus
malencontreux qui se puisse voir. Décidément le bon Dieu est devenu par trop
constitutionnel. Je le méprise. Tant pis pour lui. Je t’aime toi. Tu es toujours le
plus noble et le plus grand des hommes. Je t’aime.
Te verrai-je bientôt mon
amour ? J’ai faim et soif de toi. J’espérais que tu viendrais ce matin déjeuner avec
moi malgré mes infirmités mais tu n’es pas venu. Tu n’avais
cependant rien d’absolument urgent à faire ce matin il me semble ? À part cela, je
sais bien que tu travailles toujours, mon pauvre adoré, je ne le sais que trop. Mais
je voudrais te voir. Tâche de venir un moment dans la journée. Pense à moi mon Toto
et
aime-moi car [illis.] tu es toute ma joie et toute ma vie.
J’espère que notre
petit Toto2 ne se sera
pas senti de la soirée d’hier ? Pauvre enfant si doux et si charmant, je ne veux pas
qu’il souffre mais je voudrais le baiser depuis le matin jusqu’au soir en l’honneur
de
sa ravissante ressemblance avec toi que j’aime et que j’adore.
Juliette
a « revient ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
