« 28 octobre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 173-174], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11427, page consultée le 24 janvier 2026.
28 octobre [1842], vendredi matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon cher bien-aimé adoré. Bonjour mon bon petit homme chéri. Pensesa-tu à moi ? Me regrettesb-tu ? Me désires-tu ? Me plains-tu ?
Moi je t’aime, moi je te cherche, moi je suis triste. Moi je suis bien malheureuse
et
je t’adore. C’était si doux de t’avoir là, de te sentir à travers la porte, de
surprendre un de tes regards distraits, d’entendre ta chère petite voix de temps en
temps, que je suis bien seule et bien triste aujourd’hui que tout ça me manque. Sans
doute ce n’était pas le bonheur complet du voyage1 mais enfin c’était du bonheur et c’est
ainsi que je le regrette et que je le regretterai toute ma vie.
Qu’est-ce que tu
fais en ce moment mon amour chéri ? Es-tu dans ton petit lit bien chaudement avec
tes
papiers AUTOUR DE TOI ? As-tu pris ta drogue ? Tes petits enfants sont-ils déjà venus
t’embrasser ? Es-tu bien heureux ? Non, je ne veux pas que tu sois heureux si loin
de
moi. Je veux que tu souffres, que tu aies besoin de moi, je veux que tu sentes le
besoin de revenir tout de suite auprès de moi. Pauvre ange adoré, excepté la
souffrance que je ne te souhaite à aucun prix, je désire que tu me regrettes, que
tu
me désires et que tu viennesc le plus
vite possible auprès de ta pauvre vieille Juju. Je ne veux pas non plus, mon cher
amour, et cela très SÉRIEUSEMENT, que tu lises tous mes informes gribouillis. Si tu
veux, je te les lirai moi-même. Cela me sera fort pénible mais j’aime encore mieux
ça
que de te faire mal aux yeux.
Juliette
1 Juliette a voyagé de façon quasi annuelle avec Victor Hugo entre 1834 et 1840, mais ni en 1841 ni en 1842, à son grand désespoir.
a « pense ».
b « regrette ».
c « vienne ».
« 28 octobre 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16350, f. 175-176], transcr. Laurie Mézeret, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11427, page consultée le 24 janvier 2026.
28 octobre [1842], vendredi soir, 4h.
Mon cher bien-aimé, je ne veux pas que tu fassesa mal à tes pauvres beaux yeux adorés. Je te lirai tout ce que tu
voudras, même ces stupides gribouillis que je t’écris pour ma satisfaction personnelle
mais qui ne doivent pas t’intéresser au point de te faire du mal. Je ne le veux pas
sous aucun prétexte. Tu avais l’air bien préoccupé tout à l’heure, mon cher amour,
c’est ce qui m’a empêchée d’insister pour te retenir dans la crainte de te troubler.
J’aurais voulu aussi que tu me dises si tu crois pouvoir dîner avec moi ce soir.
Hélas ! c’est un espoir que je n’ose pas concevoir. Mais si, par impossible, tu en
avais l’intention, tu ferais un bien maigre dîner, moi n’étant pas prévenue
d’avance.
Voici une lettre de ma fille très gentille. Il paraît qu’elle
travaille, que ces dames en sont contentes, qu’il fait beaucoup de vent, qu’il y a
beaucoup de VOLEURS et qu’elle ont TRÈS PEUR, ce dont je ne doute pas. Elle espère
me
venir voir au commencement du mois prochain. En attendant, pourquoi ne veux-tu pas
que
je me fasse faire cette pauvre petite cloche ? Mme Ledon attendra bien tant qu’on
voudra par [illis.] et moi cela m’est tout à fait un vêtement indispensable par le temps
qui court et vraiment, mon pauvre amour, pour la dernière
chose nécessaire que je te demande, tu as tort de n’y pas consentir. Mais que ta
volonté soit faite, tu n’en seras pas moins adoré, comme un pauvre ange du bon Dieu
que tu es.
Juliette
a « fasse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
