« 21 avril 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 73-74], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7708, page consultée le 26 janvier 2026.
21 avril [1841], mercredi matin, 8 h.
Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon amour bien-aimé. Comment vas-tu mon petit
homme chéri ? Comment va ton rhume, comment vont tes yeux ?
Je m’étais misa dans la tête (dans la tête c’est dans le cœur que je voulais dire), que tu devais venir te
reposer auprès de moi ce matin, de sorte que le moindre petit bruit que j’entendais
me
réveillait. C’est ce qui fait que, ne pouvant pas dormir depuis une heure à cause
de
l’emménagement des futurs mariés au-dessus de ma tête1, j’ai pris le parti de
faire ouvrir mes fenêtres et de me lever tout à l’heure. D’ailleurs, c’est tantôt
que
le médecin vient2 et je
ne serais pas fâchée que mon ménage fût fait d’ici là. En attendant, je vais me
peigner et me bichonner car si j’entre en matière demain et
que cela m’entraîne à cinq ou six mois de maladie compliquée, je veux avoir pris un
peu à l’avance quelque provision de coquetterie et de propreté. Ia ia monsire matame, il est son sarme. Je suis donc
chargée de déguster les médecines et selon qu’elles me donneront la colique et la
diarrhéeb vous vous sentirez
joyeux et guéri. C’est un nouveau progrès dans l’application des médecines qui n’est
pas sans charme, je trouve, êtes-vous de mon avis ? Baisez-moi cher bien-aimé,
baisez-moi mon amour adoré, et donnez-moi tout de suite votre rhume et vos beaux yeux
que je les guérisse avec du baumec de
mon cœur. Je t’aime toi, je t’adore vous.
Juliette
1 Les précédents locataires ont déménagé le jeudi 15 avril au matin, épisode que Juliette a décrit avec humour en filant une métaphore musicale.
2 Juliette souffre souvent de maux de ventre ou de tête violents et va donc commencer un traitement, prescrit par le docteur Triger, qui va durer plusieurs mois.
a « mise ».
b « diarhée ».
c « beaume ».
« 21 avril 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16345, f. 75-76], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7708, page consultée le 26 janvier 2026.
21 avril [1841], mercredi soir, 4 h. ¾
J’ai vu M. Triger qui m’a de nouveau
expliqué l’ordre et la marche des cérémonies et refait une ordonnance car j’ai perdu
la première. Il faut attendre que le temps soit au beau et qu’il ne fasse plus froid
pour commencer : d’abord une médecine pour ouverture, ensuite du sirop et de la
tisanea trois fois par jour, puis
des frictions soir et matin et puis pour bonbons des
pastilles sulfureuses. Tout cela jusqu’au mois d’octobre prochain avec la perspective
de recommencer pendant deux mois au printemps prochain1. Il va sans dire que je
lâcherai le régime dès que nous serons en route car morte ou
vive, il me faut mon cher petit voyage annuel ou je donne ma démission de TOUT2. Là-dessus je n’entends pas
la plaisanterie, entendez-vous cher petit Toto ?
J’ai mon pigeon, bien maigre,
bien crotté et bien triste, je ne sais pas s’il pourra s’habituer à la maison et
encore moins à la cage. J’en serai quitte pour lui donner la liberté comme les anciens
chrétiens qui rachetaient les prisonniers. J’aurai délivré le mien du plus odieux
de
tous les esclavages, la marmiteb de
mon portier à laquellec il était
dévolu dans un temps très court, et tout cela avec la somme énorme de 15 sous. Le
pauvre petit est moins CHAIR que le prix3.
Je viens d’écrire à mon affreux épicier et demain en allant
chez M. Suply l’apothicaire on y passera
pour finir de le payer. J’ai écrit aussi au bottier mais lorsque tout sera payé il
ne
me restera rien, trop heureuse encore s’il y a assez. Je te ferai le compte de
l’argent ce soir et tu verras toi-même. En attendant, je te baise sur toutes les
coutures et je t’aime de toute mon âme.
Juliette
1 Juliette souffre souvent de maux de ventre ou de tête violents et va donc commencer un traitement, prescrit par le docteur Triger, qui va durer plusieurs mois.
2 Depuis 1834, Hugo et Juliette ont pris l’habitude d’effectuer un voyage de quelques semaines ou mois pendant l’été et le printemps. L’année précédente, ils ont visité les bords du Rhin et la vallée du Neckar. Elle attend toute l’année ce moment qui est le seul où elle peut vivre « de la vraie vie » seule avec le poète, mais malheureusement, en 1841, Hugo est trop occupé par la rédaction monumentale de ses souvenirs de voyage, Le Rhin, et leur voyage annuel n’aura pas lieu, au grand désespoir de Juliette.
3 Voir Cascarinet et la lettre du dimanche 18 avril au matin.
a « tisanne ».
b « marmitte ».
c « auquel ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
