« 4 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 1-2], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9198, page consultée le 23 janvier 2026.
4 avril [1840], samedi midi
Bonjour mon cher bien-aimé. Bonjour mon bon petit homme. Bonjour le plus cruel
et le meilleur des hommes, le plus injuste et le plus généreux, le plus méchant
et le plus doux, le plus aimé et le plus adoré, le plus admiré et le plus
ravissant. Bonjour, bonjour je t’aime. Je t’écris de mon lit où je reste par
économie. Il ne fait pas assez chaud pour déjeuner sans feu et il ne fait pas
assez froid pour brûler du boisa
sans rime ni raison, d’ailleurs j’ai mal aux reins et le lit est un bon remède.
Je me lèverai cependant après déjeuner mais pas auparavant. J’ai joliment des
grosses lettres à vous écrire, méchant homme : QUATRE ! que vous ne lirez pas
ce qui sera juste à cause de vos pauvres yeux et du temps que vous n’avez pas.
Mais moi je n’en jetterai pas moins, à fond perdu comme toutes les marques
d’amour que je vous donne, tout mon cœur et toute mon âme sur ce papier comme
si vous deviez en lire tous les mots à genoux et en baiser chaque lettre avec
adoration.
Vous m’avez fait bien du mal l’autre jour et bien injustement,
le bon Dieu le sait aussi bien que moi. Mais enfin je te pardonne du meilleur
de mon cœur et sans espoir que tu me rendes jamais la justice qui m’est due.
Mais enfin je te pardonne et je t’aime plus que jamais. Et je t’adore comme ce
qu’il y a de plus noble, de plus généreux, de plus parfait et de plus ravissant
au monde. C’est bien vrai, bien vrai devant Dieu qui voit mon âme et devant toi
qui me rebutesb et niesc mon amour sans justice et sans
pitié. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. Tantôt je t’écrirai encore une grosse
lettre et puis encore tantôt une autre et puis encore une autre lettre une
autre tantôt. J’espère que ma journée sera prise mais mon cœur l’est davantage
et sans interruption en intercalation de marchande de volaille, de cordonnier,
de marchande de coupons etc., etc. Je t’aime sans intermittence, je t’aime
depuis un bout de ma vie jusqu’à l’autre. Je t’aime de toutes mes forces et de
toute mon âme. Je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime, me crois-tu ?
Juliette
a « mois ».
b « rebute ».
c « nie ».
« 4 avril 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16342, f. 3-4], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9198, page consultée le 23 janvier 2026.
4 avril [1840], samedi après-midi, 1h ¾
Voici ma seconde lettre, mon amour, elle ne différera de la première ni par la
longueur ni par les sentiments, car ce sera le même format pour le papier et le
même amour pour les mêmes mots. La différence sera dans l’heure voilà tout. Que
je vous aime, mon Toto.
J’ai écrit tout à l’heure à la maîtresse de
pension et à Mme Pierceau, la première pour lui mander quea je verrai avec déplaisir et
mécontentement qu’elle se fût permise de donner une robe
d’uniforme à ma fille sans en avoir demandé et obtenu la permission de
M. Pradier. Outre que le procédé
serait un peu leste, je trouve que ce serait un exemple dangereux pour l’enfant
que de voir le peu de ce qu’on fait de l’autorité de son
père et de la responsabilité de sa mère. La seconde lettre pour Mme Pierceau était pour l’engager à venir demain et
pour la prier dans le cas où elle verrait Mme Krafft de lui dire que
j’avais l’argent des cadres. Voilà mon bon petit homme ce que j’ai fait dans
l’intervalle de ma première lettre à celle-ci, y compris l’action téméraire de
déjeuner. Est-ce bien TRIMINEL ? Je vous
aime mon Toto, vous saurez cela pour votre punition et pour vos remords. Je
vous aime de toute mon âme et je ne vous trahis pas. Tous vos soupçons sont
autant de cruautés et d’injustices envers votre pauvre fidèle Juju. Mais je ne
vous en veux pas et je continue de vous aimer, comme si vous en étiez le plus
heureux, le plus fier, le plus confiant des hommes. Baisez-moi et tâchez de
venir me voir dans l’intervalle des affaires aux visites ; pensez que je vous
aime et que le temps me paraît éternel pendant votre absence. Je t’aime mon
Toto chéri, je t’aime mon amour. Je vais me débarbouiller et m’habiller et puis
je t’écrirai, et puis je travaillerai et puis je t’écrirai et puis je t’adore
au passé, au présent, au futur.
Juliette
a « que que ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
