« 21 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 244-245], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9714, page consultée le 24 janvier 2026.
21 décembre [1835], lundi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon adoré, viens que je te baise sur tes pauvres yeux fatigués. Comment
as-tu passé la nuit ? Comment va ton mal de gorge ? Tu auras eu bien froid cette nuit,
n’est-ce pas, mon pauvre bien-aimé ? Il me tarde bien de faire cesser cet affreux
travail de tous les jours. C’est à cause de cela que tu me vois souvent triste et
préoccupéea. Pauvre ami, je
t’aime tant, j’ai si peur que tu ne tombes malade à force de te fatiguer qu’il est
bien naturel que je désire porter à mon tour le fardeau de mes besoins de chaque jour.
J’ai passé une assez mauvaise nuit, mais cela tient à des circonstances connues
et pas du tout inquiétantes. J’étais réveillée d’assez bonne heure ce matin, mais
j’ai
été obligée d’attendre ma servante jusqu’à présent. Il paraît qu’elle s’apprête à
m’impatienter par toutes sortes de gentillesses propres à ce genre d’animal. Au reste,
je ne m’en émeusb que
médiocrement, excepté ce matin où j’aurais voulu t’écrire plus tôt parce que dès que
j’ai les yeux ouverts, c’est un besoin pressant pour moi de te donner avec le bonjour
tout ce que j’ai de tendresse dans l’âme.
Mon cher petit homme chéri, viens de
bonne heure si tu peux. Si tu ne le pouvais pas, je te promets d’être bien bonne et
bien résignée. Je t’aime mon Victor. Je vous adore mon grand Toto.
Juliette
a « préocupée ».
b « je ne m’en émut ».
« 21 décembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 246-247], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9714, page consultée le 24 janvier 2026.
21 décembre [1835], lundi soir
Je viens de me [trolloper ?]1 à bête que veux-tu, pouah ! La vilaine cochonne,
elle sent le haut-de-chausse du jurisconsulte aimable autant
qu’éclairé à vous faire vomir tripesa et boyaux. Oh ! la vieille égueuléeb, elle m’a bien amusée et je
lui pardonne son chicot pour la peine qu’elle a prise de le
faire passer pour une dent.
ASSEZ VU LA CRAPAUDE.
Maintenant, parlons de nous. Je t’aime mon Victor adoré, je t’aime de toute la
force de mon âme. Je t’admire et je te vénère de toute la force de mon intelligence.
Tu es bien tout ce que j’avais souhaité sur la terre et espéré dans le ciel.
Mon
cher petit homme, quand viendrez-vous ? Je suis très impatiente de vous voir. J’ai
bien des bonnes choses à vous dire dans le tuyau de l’oreille.
Vous saurez que
j’ai dîné très tard parce que j’ai envoyé chercher une douzaine d’huîtres ; et bien
m’en a prisc car mon eau chaude était bonne tout au plus à prendre médecine,
mais fort médiocre pour le dîner. J’ai compensé tout cela par un mélange admirable.
Il
n’y paraît plus à l’heure qu’il est et je me sens de force à soutenir tous vosassauts au physiqued et au moral.
J.
1 La lecture ne semble pas douteuse, mais le sens échappe.
a « trippes ».
b « la vielle égeulée ».
c « m’en appris ».
d « phisique ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
