« 29 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 162-163], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9621, page consultée le 24 janvier 2026.
29 novembre [1835], dimanche matin, 9 h. ¾
Bonjour, mon adoré petit homme, tu n’es pas venu quoique tu me l’eusses bien promis.
Eh bien, je ne t’en veux pas, je t’aime. J’ai bien pensé à toi chaque fois que je
me
suis réveillée et je me suis réveillée deux fois. Je les ai
comptées pour ne pas me tromper. Et puis j’ai rêvé de toi. Ainsi tu vois qu’en pensée,
je ne me suis pas séparée de toi.
Quand tu devrais me battre, il faut que je
t’avoue que j’ai la lèvre encore plus monstrueuse qu’hier et les yeux encore plus
battus. Et pourtant je n’ai pas pleuré cette nuit, pas plus que je n’avais pleuré
la
nuit précédente.
J’espère que tu me feras une scène
affreuse à ce sujet-là et que j’aurai le bon esprit d’en rire, han, han. Vous êtes un peu collé.
Comme
je suis un peu souffrante, je resterai dans mon lit un peu tard. Je ne dis pas cela
pour que vous en profitiez. Je sais trop bien que cela vous est égal. Je le dis pour
le dire, voilà tout.
Il fait bien beau temps, mon cher petit Toto. Si tu viens me
chercher pour sortir, j’en profiterai avec plaisir. Si tu ne viens pas, je t’attendrai
sans impatience et je t’aimerai de toute mon âme.
Fais tous tes efforts pour que
je te voie le plus tôt possible, puisque te voir c’est le bonheur. Et puis aime-moi
car je t’aime, moi.
Juliette
« 29 novembre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 164-165], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9621, page consultée le 24 janvier 2026.
29 novembre [1835], dimanche soir, 8 h. ½
Vous êtes, mon cher petit homme adoré, un peu taquin, un peu chatouilleur, mais bien
aimé et bien charmant.
Je vous aime, mon Toto, je vous aime chaque jour
davantage quoique cela me paraisse impossible à moi-même, cela est. Je vous aime de
tous les amours à la fois.
Je ne pourrais pas vivre, je ne dis pas heureuse,
mais vivre seulement, sans vous. J’ai besoin de vous comme vous êtes, avec vos
espiègleries, avec vos malices et vos méchancetés.
Je voudrais bien que vous vous
piquassiez d’honneur ce soir et que vous vinssiez me chercher pour aller au spectacle, comme vous dites, parce qu’alors je profiterais de
votre aimable plaisanterie pour vous avoir une heure ou deux plus tôt dans mes bras,
ce qui ne ferait pas de tort à ma gaieté, je vous assure.
Je suis encore toute
émerveillée de la beauté de Notre-Dame de Paris sur le ciel noir1. Il est bien reconnu maintenant que le noir sied à toutes les
beautés, femmes ou cathédrales. C’est une couleur qui va également bien à l’une comme
à l’autre. Aussi vous a-t-elle séduite et lui avez-vous donné la préférence sur tout
le monde sans excepter moi qui vous aime cependant plus qu’elle et qui donnerait ma
vie cent fois par minute pour un de vos sourires.
J.
1 L’édition keepsake illustrée de Notre-Dame-de-Paris sort en 1836 chez Renduel.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
