25 avril 1839

« 25 avril 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 91-92], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8183, page consultée le 25 janvier 2026.

Bonjour mon cher petit bien-aimé, bonjour mon adoré, comment vont tes pauvres yeux ce matin ? Cette nuit tu en souffrais beaucoup, [illis.] mon cher petit homme, et il est probable que tu n’en auras tenu aucun compte et que tu auras travaillé tout le reste de la nuit sans pitié d’eux ni de moi ? Je t’aime, je t’adore mais je suis triste. Le temps est comme moi aussi lui, quoique son Toto n’ait probablement pas mal aux yeux ? Je vais prendre un bain tantôt, il y a longtemps que je n’en ai pas pris et je commence à souffrir beaucoup de mes reins. Je l’aurais pris ce matin si ces baigneurs avaient eu de l’eau chaude. Pour peu que ce froid continue il va falloir racheter du bois. Je vais finir de brûler les trois ou quatre petits margotinsa1 qui me restent, après quoi j’userai du grand calorique des cochons de fiacres2. Vlan ! Vlan ! Et Vlan !!! Toutes vos nouvelles d’hier ne m’ont pas fait sourire. J’aurais mieux aimé autre chose et surtout que tu n’aies pas mal à tes yeux adorés, mon Toto. Je suis triste dans l’âme quand tu souffres, ce qui fait que je n’ai pas grand mérite à désirer par-dessus toute chose ta santé et ton bonheur.

Juliette


Notes

1 Margotins : Fines branches pour allumer le feu.

2 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « margottins ».


« 25 avril 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16338, f. 93-94], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.8183, page consultée le 25 janvier 2026.

Êtes-vous taquin, allez, je croyais que vous reviendriez voir chez Mme Pierceau si je ne me livrais pas à des danses défendues, et pas du tout, vous ne venez pas, comme un vieux sournois que vous êtes. À quoi sert d’avoir mis un morceau de lard dans ma souricière si je ne peux même pas attrapera un vieux RAT comme vous. Je vous en veux, allez, car j’avais compté vous baiser ce soir pour mon dessert et voilà que j’ai compté sans mon autre1 et que C’EST TRÈS SÈCHE. Mme Pierceau, sensible à mes reproches, s’est fait deux stores ravissants, un pour chaque croisée. Maintenant on peut se croire presque chez soi. Vous saurez, mon Toto, que je travaille comme un bijou. J’ai déjà fait une paire de manches, mais il en reste une autre PAIRE DE MANCHESque je vais faire en vous attendant. Tâchez que je n’aie pas le temps de la finir. Baisez-moi, vieux GUÉRARD2. Dorénavant, je me cacherai pour manger entre mes repas, ce sera bien fait. Pourquoi que vous me comptez les morceaux, vieux AVARE. Baisez-moi, baisez-moi, baisez-moi, baisez-moi et repentez-vous. Je vous aime de toute mon âme.

Juliette


Notes

1 Déformation de « compter sans son hôte », ne pas prévoir les impondérables.

2 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « attrapper ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.