14 mars 1839

« 14 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 259-260], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6329, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour mon cher bien-aimé, bonjour mon bon petit homme, je t’aime. Je ne suis plus folle, je t’aime et je te désire de toute mon âme. Je suis un peu contrariée : Mlle Watteville est arrivée de Saumur et est venue pour me voir ce matin. La bonne qui ne la connaît pas et qui n’était pas avertie ne m’a pas réveillée de sorte que je ne l’ai pas vue, qu’elle m’a écrit un petit mot assez froid et que je pense qu’il faudrait aller la voir le plus tôta possible pour ne pas l’affliger. En attendant, je vais lui écrire une petite lettre pour m’excuser du malentendu. Je t’aime, mon Toto bien-aimé, je t’aime, mon Victor chéri. Tu es mon pauvre ange-gardien. Sans toi, il est probable qu’il y aurait déjà longtemps que je ne serais plus qu’une pauvre damnée. Tu es mon amour et ma vie : tu es ma consolation et ma joie, tu es mon pauvre ange bien-aimé. Je ne serai pas méchante aujourd’hui, tu verras, je serai bonne, joyeuse et par-dessus tout amoureuse. Comment vont tes yeux, mon adoréb ? Comment vas-tu, mon pauvre petit homme ? Je voudrais bassiner tes pauvres beaux yeux avec mes lèvres. Je voudrais délasser tes chers petits pieds avec mes baisers. Je voudrais me faire ton petit REMÈDE depuis les pieds jusqu’à la tête. Je t’aime, je t’adore.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « plutôt ».

b « adorés ».


« 14 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 261-262], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6329, page consultée le 26 janvier 2026.

Je pense à toi, mon bien-aimé. Je te désire, mon adoré. Je voudrais que ma pensée eût des ailes pour te porter mon amour. Je suis si remplie de toi, je t’aime tant, que de t’aimer de loin ne me suffit pas. J’espérais, mon Toto, que tu viendrais me voir un peu ce soir, ou bien encore que tu me mènerais aux danseurs espagnols1 mais je vois bien qu’il ne m’arrivera rien de tout cela et qu’il faut que je vous aime à SEC. Je ne vous ai pas CALOMNIE, mon amour, j’ai été pour vous ce que vous méritez : en admiration et en adoration car vous êtes mon beau Toto bon et généreux. J’avais sur moi assez d’argent pour payer la note de l’épicier. Je l’ai donné à Mme Pierceau pour qu’elle me fasse le plaisir de faire acquittera ma facture, du reste je n’ai vu qu’elle et je ne verrai probablement qu’elle jusqu’à ce [que] tu viennes me chercher. Je voudrais que ce fût tout de suite car j’ai un besoin pressant de te voir. C’est que c’est très pressé voyez-vous, mon adoré, parce que ça me monte, ça me monte comme du lait sur le feu. Je t’aime, mon Toto, je ne dis que ce mot-là mais je ne sens que de l’amour, je ne veux que de l’amour, ainsi c’est bien juste que je le dise de toutes mes forces.

Juliette


Notes

1 À élucider.

Notes manuscriptologiques

a « aquitter ».


« 14 mars 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 263-264], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6329, page consultée le 26 janvier 2026.

Bonjour, mon bon petit homme, comment vas-tu, mon bien-aimé ? Comment vont tes chers yeux ? Tu m’avais promis de venir te reposer mais tu ne peux pas te décider à tenir tes promesses. Tu n’as pas plus pitié de mon cœur que de ta personne, tu fatiguesa tes yeux et tu désespèresb mon amour. Je ne t’en veux pas, mon cher adoré, seulement je m’attriste de plus en plus et je perds tout espoir de bonheur dans l’avenir puisque plus nous allons et moins nous en avons. Je t’aime, mon cher petit bien-aimé. Je t’aime de toute mon âme et je te le prouve bien par les plaintes continuelles que je ne peux pas m’empêcher de faire sur ton absence. Une autre aurait pris son parti depuis longtemps et sec serait RÉSIGNÉE, comme tu dis, mais moi je ne pourrai jamais me résigner à ne te voir que quelques minutes dans un jour. Je t’aime trop pour que chaque heure qui s’écoule loin de toi ne me paraisse pas un siècle. C’est pas ma faute. Il fait bien vilain aujourd’hui. J’espère que ce mauvais temps te ramènera un peu plus tôtd dans ma maison et que tu SENTIRAS LE BESOIN de rester plus longtemps auprès de mon feu.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « fatigue ».

b « désespère ».

c « ce ».

d « plutôt ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.

  • 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
  • ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
  • 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
  • Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.