« 2 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 121-122], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3122, page consultée le 26 janvier 2026.
2 février [1839], samedi, midi ¾
Bonjour mon petit homme chéri. Comment vas-tu, mon adoré, et comment m’aimes-tu ?
Notre misère est encore cause que tu n’es pas revenu cette nuit. Je vous dirais que
le
diable l’emportât et qu’il t’ôtâta en
même temps la volonté et la générosité de passer toutes tes nuits à travailler pour
moi. J’ai reçu une lettre de Saumur de Mlle Watteville qui se dispose à revenir à Paris. Elle y
a joint une lettre pour Claire pour lui
faire part de son prochain retour et de la joie qu’elle aura à la revoir.
Je
t’aime, mon Toto, je suis impatiente de te le dire autrement qu’avec de l’encre et
une
plume sur du papier blanc bleub. J’ai
un tas de baisers et d’amour qui m’étrangle et qui ne demande qu’à sortir pour aller
se loger dans vos beaux cheveux, dans vos charmantes petites oreilles, sur vos beaux
yeux et dans votrec ravissante petite
bouche blanche et rose. Je m’ennuie un peu de mon célibat et je commence à trouver
qu’il faut de la vertu, pas trop n’en faut, et que l’excès de cette denrée est un
grand défaut. En attendant que vous me débarrassiez de l’excédent, je vous aime et
je
vous désire de tout mon cœur et de toute mon âme. Je ne sais pas si vous me ferez
sortir aujourd’hui. Dans tous les cas, je n’ai pas d’huile pour allumer ma lampe.
Cependant, si vous voulez faire l’amour à la bougie, je ne demande pas mieux.
Juliette
a « t’ota ».
b « bleue ».
c « vote ».
« 2 février 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16337, f. 123-124], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3122, page consultée le 26 janvier 2026.
Vous n’êtes pas revenu, mon cher petit homme, et cependant on vous avait apprêté un fin petit bouillon. Vous êtes une bête ! et vous mériteriez bien que je vous fasse des tours avec l’homme à moustaches que vous avez si bien vu tantôt dans les escaliers et qui nous a PAYÉ du bon saucisson et du bon fromage d’Italie. C’EST BIEN FAIT. Je t’aime, mon Toto, tu n’as rien à craindre de moi, sois tranquille. Je voudrais bien avoir la même sécurité à votre sujet. Par le dégel, les glissades et les figurantes du théâtre de la Renaissance qui courent, je ne peux pas être tranquille du tout car, en supposant que vous me rapportiez tous les morceaux de votre chère petite personne adorée en bon état, je ne suis pas aussi sûre que votre vertu résiste aussi bien aux séductions du PASSE-LACET1, de la LONGUE, de la trapue, de la COURTE-OIE, de la [tort-elle ?] et autre. Aussi, je vous trouve bien bon encore, vous, de venir me faire des scènes de jalousie quanda c’est moi, au contraire, qui devraisb vous en faire des terribles et des cruelles tandis que je suis douce comme un mouton et que je vous adore.
Juliette
1 Passe-lacet : aiguille servant à passer les lacets dans les œillets.
a « quant ».
b « devrait ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
