« 11 décembre 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16336, f. 224-225], transcr. Sophie Gondolle, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3626, page consultée le 23 janvier 2026.
11 décembre [1838], mardi soir, 8 h. ¾
Mon bon petit bien-aimé, je pense à toi, je t’aime je te désire je t’adore et même
je
t’attends car en me quittant tu m’as presque promis de me
mener à Ruy Blas, ce qui serait une double joie pour moi. Je
n’ose plus te prier de me donner ce plaisir-là depuis que tu as eu l’esprit de faire une jalousie d’un
désir et d’un besoin d’admirer ta plus belle pièce mais il ne faut pas pour cela
croire que je ne sois par toi privée de ne plus aller à Ruy
Blas chaque fois qu’on le donne. Au reste j’aime mieux encore ta tranquillité à
mon plaisir et tant que tu ne voudras pas que j’aille au théâtre, je me résignerai.
Nous avons fait aujourd’hui de fameuses emplettes et bien nécessaires et tu as mis
à
tout cela une grâce charmante ; il est impossible, mon adoré, d’être plus doux et
meilleur que toi. J’espère, mon amour, que vous me donnerez ma revanche cette nuit. Je ne suis pas contente du touta si vous croyez. D’ailleurs, je
tiens à justifier l’opinion que MONSIEUR RICHI a sur la femme : « Les hommes disent des bêtises et les femmes en
font. » Je suis très contente, mon Toto, du parti que tu as pris de faire relier ce
que tu as pu trouver des livres de poésie. C’était presque indispensable, surtout
à
cause de Mme Krafft qui attend depuis le mois de janvier passé, à qui nous devons des
services et qui d’ailleurs n’a pas un esprit bien droit. Tout est pour le mieux et
je
le répète, mon Toto, tu as été bon et charmant dans tous nos petits tripotages. Il
ne
te reste plus pour te [illis.] que de venir tout de suite et de revenir cette
nuit…………..b
Oui, oui, oui, voilà !!!!!!!! autant que de points suspensifs et de points
d’exclamation. Voilà mon programme. Tu ne t’es pas lavé les yeux aujourd’hui, mon
Toto, et cela me tourmente car tu as été dans la poussière et dans le brouillard.
Pauvre âme de mon âme, je t’aime plus que tu ne peux le désirer. Je t’aime comme tout
ce qu’il y a de plus adorable de plus ravissant.
Juliette
a « du du tout ».
b Les points de suspension courent jusqu’au bout de la ligne.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
