« 18 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 15-16], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9568, page consultée le 25 janvier 2026.
18 octobre [1835], dimanche matin, 10 h.
Je t’écris de mon lit, mon cher petit homme, où je suis restée blottiea, non pas que je sois malade, mais il
fait si froid que je n’ai pas encore oséb mettre mon nez hors de mon lit.
Vous n’êtes pas venu ni
cette nuit ni ce matin, mon cher petit jaloux, et vous avez très mal fait ; car vous
auriez vu comment vous auriez été accueilli, comment j’aurais pris votre chère petite
tête dans mes bras pour la baiser dans tous les sens et puis je vous aurais
fourréc dans la place la plus chaude
de mon lit pour vous réchauffer et vous dorloterd. Enfin je me serais portéee à
tous les excès sur votre personne. Ainsi vous avez très bien fait de ne pas venir.
Vous avez peut-être eu la lâcheté de travailler encore une partie de la nuit ?
Vraiment vous n’êtes pas digne d’être un employéf, UN HOMME QUI A UN EMPLOI.
Comme il me paraît certain que
vous avez eu la scélératesse de passer la nuit à tuer vos pauvres yeux, je ne vous
ferai aucun reproche sur l’inhumanité de vos procédés envers ce pauvre cher petit
Toto
si bon, si charmant, si noble, si adorable. Je prendrai le parti de l’aimer encore
plus en raison de ce que vous le maltraiterez plus, je lui ferai autant de bien dans
mon cœur que vous lui ferez de mal la nuit dans l’ombre en secret
car vous avez la force, c’est lâche ! Mon pauvre petit Toto, que je te plains,
que je t’aime.
Juliette
a « blotie ».
b « osée ».
c « fouré ».
d « dorlotter ».
e « porté ».
f « emploié ».
« 18 octobre 1835 » [source : BnF, Mss, NAF 16325, f. 17-18], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9568, page consultée le 25 janvier 2026.
18 octobre [1835], dimanche soir, 8 h.
Oui, mon cher Victor, je suis heureuse. Oui, mon bien-aimé, tu suffis à tous mes
besoins car toi, tu es tous mes besoins ou plutôta tu es ma vie même.
Quel noble cœur que le tien, mon
Victor. Combien de généreuses pensées et de généreuses actions passent dans ton esprit
et s’exécutent par toi en silence. Quel dommage que je ne sois pas appelée un jour
en
témoignage de tout ce que j’ai su de beaub, de grandc et de
noble de toi. Avec ce que tu as laissé tomberd indifféremment devant moi, il y aurait de quoi faire cent
réputations de Napoléon.
Mon bien-aimé, je ne t’aime pas, je t’adore. Je ne te
respecte pas, je te vénère. Tu es mon amant, mon dieu, tu es mon tout.
Je suis
dans un paroxysmee de bonheur, de joie et d’orgueil. Je
suis heureuse de t’aimer. Je suis fière de t’appartenir.
Tu verras que nous
serons bien heureux un jour, c’est-à-dire que nous serons moins pressés, moi par le
besoin, toi par le travail. Car autrement nous ne pouvons pas être plus heureux qu’à
présent où nous nous aimons de toutes les forces de nos âmes.
Juliette
a « plus tôt ».
b « beaux ».
c « grands ».
d « tombé ».
e « paroxisme ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle regrette de ne pas jouer le rôle de la courtisane Tisbe, où elle se reconnaît, dans Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, mais se voit célébrée dans plusieurs poèmes du recueil Les Chants du crépuscule.
- 28 avrilPremière d’Angelo tyran de Padoue.
- 25 juillet-22 aoûtVoyage avec Hugo en Normandie et en Picardie.
- 9 septembre-13 octobreTandis que Hugo séjourne aux Roches, chez les Bertin (du 10 septembre au 12 octobre), Juliette habite encore la petite maison des Metz.
- 17 octobreLes Chants du crépuscule.
- 15 novembreNaissance de (Jean-)Louis et Michel-Ernest Koch, neveux de Juliette Drouet.
