18 mars 1864

« 18 mars 1864 » [source : BnF, Mss, NAF 16385, f. 77], transcr. Marie-Laure Prévost, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.13045, page consultée le 06 août 2026.

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Déjà levé, mon adoré, et déjà si bien en forme sous votre cloche de verre et dans votre travail, que je n’ai pas pu même entrevoir le pan de votre robe de chambre ce matin. Je suis donc forcée de me rabattre sur ma pauvre restitus, maigre compensation et qui n’est pour mon cœur qu’une viande bien creuse comparée au bonheur de vous voir en chair et en os. Encore si je savais comment tu as passé la nuit et si tu as bien dormi un bon somme, cela me ferait prendre patience. Mais RIEN, RIEN, RIEN ce n’est pas assez. Du reste voilà un temps à ravigotera un mort, il est probable que tu voudras en profiter soit à pied, soit en voiture. Je me tiendrai prête dans tous les cas, quitte à rester à la maison si cela est nécessaire. Je crois, si tu veux que nous nous promenions tantôt, qu’il faut que ce soit le plus tôt possible pour pouvoir être revenus à quatre heures à cause de Suzanne que je suis obligée de surveiller plus que jamais car maintenant ce n’est plus seulement le soir qu’elle commence sa soulerie, c’est dans la journée et même le matin. Je ne parviens à la maintenir dans une sorte d’ÉQUILIBRE relatif qu’à force d’obsession et d’inquisition permanente quoique inavouée. Donc, mon cher bien-aimé, si tu veux que je ne sois pas trop tourmentée sur le sort de ton dîner, il faut tâcher que je sois chez moi assez à temps pour parer à la pocharderie trop complète de cette malheureuse fille. D’après les précautions que je te signale tu dois comprendre à quel degré cet inconvénient est arrivé et prévoir le moment très prochain, hélas ! où cela ne pourra plus aller du tout. En attendant aimons-nous, soyons heureux et indulgents pour cette pauvre créature abandonnée [du bon Dieu ?]

J.


Notes manuscriptologiques

a « ravigotter ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.

  • 14 avrilWilliam Shakespeare.
  • 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
  • 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
  • 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
  • 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
  • 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.