« 25 juillet 1864 » [source : BnF Mss, NAF 16385, f. 198], transcr. Anne Kieffer, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.3699, page consultée le 01 mai 2026.
Guernesey, 25 juillet [18]64, lundi matin, 10 h. 1
Bonjour, mon cher petit homme, bonjour avec tout mon cœur et avec toute mon âme.
Comment as-tu passé la nuit et comment vas-tu ce matin ? Moi je vais bien, bien, bien.
J’ai dormi comme trois noirs et j’ai une faim de plusieurs caniches. J’espère que
tu
en as autant à m’offrir.
J’ai salué ton cher petit signal à huit heures et demie
(jour ou non) et je lui ai envoyé une volée de baisers qu’il n’a tenu qu’à lui de
prendre au passage.
Je viens de filtrer la dernière dose de café qui avait passé
la nuit à se culotter. Je me prépare à sortir tantôt avec toi si tu as le temps de
me
conduire. J’ai affaire chez Chotina2,
Béghin3, et Daddob4. Je n’ai plus que le temps bien juste pour préparer mes
divers clics et mes nombreux clacs si nous devons partir le 10 août, date
militaire5. Le temps
sans être beau ni sûr est cependant suffisant pour se risquer dans les rues et même dans les bois6.
Une fois dehors il ne tiendra qu’à nous de faire une promenade de plain pied sur la
route de Saint-Samson. Demain nous aurons la voiture s’il fait beau et après demain
tu
auras les régates, c’est-à-dire toutes les dames de Putron7 à fêter et
à régaler. Moi pendant ce temps-là je t’aimerai encore plus si c’est possible et je
t’attendrai avec confiance dans un coin de ma maison en supposant qu’il y ait des
coins, ce dont je doute. Je n’ai pas envoyé savoir des nouvelles de Mme Marquand ce
matin parce que cela ne me semble plus nécessaire. La pauvre femme est sortie de la
phase des couches pour rentrer dans la maladie impitoyable qui la ronge depuis si
longtemps. On ne peut que la déranger et troubler son repos en y allant le matin et
son mari nous en donne des nouvelles tous les soirs. Tu feras bien, toi, d’aller la
voir. Je ne te demande pas de m’y mener parce que deux personnes pourraient
probablement la fatiguer. D’ailleurs l’important pour elle c’est l’honneur que tu
lui
fais, quant à moi c’est de la fatigue et rien de plus. Je te baise partout et
ailleurs. Je t’aime, je t’attends et je t’adore.
J.
1 Jour de la pendaison de crémaillère de la nouvelle demeure de Juliette Drouet.
2 Victor Chotin est marchand de soieries à Saint-Pierre-Port. (Remerciements à Amanda Bennett et Gérard Pouchain pour cette recherche).
3 Victor Hugo note dans son agenda de nombreux achats effectués chez Béghin. Ainsi, le 25 juillet, « Brosse à dent chez Béghin ». (CFL, Tome XII/2, p. 1466).
4 Le 21 mars 1861, Victor Hugo écrit dans ses agendas : « Payé Mme Daddo façon de 4 gilets de flanelle ». (CFL, Tome XII/2, p. 1363).
5 Ils partiront en voyage le 15 août.
6 Allusion aux Chansons des rues et des bois.
7 Mme de Putron et ses filles, dont Emily de Putron, fiancée de François-Victor Hugo.
a « Chottin ».
b « Dado ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle emménage dans Hauteville II, que Hugo achète pour elle, et dont il soigne la décoration.
- 14 avrilWilliam Shakespeare.
- 16 avrilAchat du 20, Hauteville pour Juliette, qui y emménagera deux mois plus tard. La famille Hugo y avait résidé avant d’emménager à Hauteville-House. Juliette en avait signé le bail de location le 19 mai 1863.
- 5 maiPar testament, Juliette Drouet institue Victor Hugo son légataire universel, et à défaut, les enfants de ce dernier. Elle nomme Victor Hugo son exécuteur testamentaire, et à défaut, Charles, puis François-Victor.
- 15 juinPremière nuit de Juliette Drouet au 20, Hauteville.
- 25 juilletElle pend la crémaillère dans sa nouvelle maison.
- 15 août-26 octobreVoyage en Belgique, au Luxembourg et sur les bords du Rhin.
