« 29 mars 1849 » [source : BnF, Mss, NAF 16367, f. 73-74], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6040, page consultée le 05 mai 2026.
29 mars [1849], jeudi matin, 7 h.
Bonjour, mon cher amour, bonjour. J’ai bien regretté hier toute la soirée d’avoir cédé à l’invitation de ces deux bonnes gens, M. Vilain et Eugénie, parce que je craignais que tu vinsses pendant ce temps-là et de manquer l’occasion de te voir. Mes craintes ne se sont pas réalisées, mais j’ai gagné un enrouement et un mal de gorge atroce que j’attribue à l’humidité et au froid. Du reste je ne me suis pas amusée. D’une part la préoccupation[« préocupation ».] de savoir si tu ne viendrais pas chez moi pendant mon absence, d’autre part une véritable indisposition qui m’a prise tout à coup, font que le spectacle m’a peu récréée1. Je suis rentrée à 11 h. ¾. Je m’empresse de te dire que nous étions aux premières logesadécouvertes, c’est-à-dire au troisième au-dessus de l’entresol. Je n’avais pas voulu qu’on prît des places plus aristocratiques pour épargner la bourse de M. Vilain et aussi pour ne pas étaler nos toilettes plus que négligées. Voilà, mon cher amour, la débauche que je me suis permise en ton absence. La main sur la conscience, je trouve que le jeu n’en vaut pas la chandelle et que j’aurais mieux fait de rester au coin de mon feu à penser à toi, à t’aimer, à te regretter et à te désirer. Il est vrai de dire encore que je le savais d’avance et que c’est plus pour ne pas désobliger Eugénie et M. Vilain que j’ai accepté leur offre, que pour l’attrait du spectacle. Mais toi, mon Toto, à quelle heure es-tu rentré chez toi ? Dans quel état et par quel temps ? Comment vas-tu ce matin et quand te verrai-je ? Voilà ce qui m’intéresse plus que tout au monde.
Juliette
1 La veille, Juliette Drouet a assisté à la représentation de La Jeunesse des Mousquetaires, pièce en quatorze tableaux d’Alexandre Dumas, jouée au Théâtre-Historique.
a « loge ».
« 29 mars 1849 » [source : BnF, Mss, NAF 16367, f. 75-76], transcr. Anne Kieffer, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.6040, page consultée le 05 mai 2026.
29 mars [1849], jeudi midi
Je suis décidément prise par la gorge après l’avoir été par les pieds, mon cher
petit homme. Ma carcasse semble être un dépôt de toutes sortes de vilains maux
ridicules et ennuyeuxa. À peine
ai-je fini avec un qu’un autre recommence et toujours de même, c’est fastidieux et
embêtant au dernier point.
Le triste de toutes ces indispositions, c’est
qu’elles m’empêchent le plus souvent de t’accompagner comme aujourd’hui par exemple.
Je sens que, malgré tout le désir et tout le besoin que j’ai de te voir et de te
parler, je ne pourrai pas te conduire. J’ai la fièvre un peu, je suis courbaturée
et
la tête comme une cloche mise en branle. Il faut donc, bon gré mal gré, que je reste
chez moi à cracher sur mes tisons et à faire triste figure au plus triste des jeux
de
l’amour et du hasard. Mais aussi dès que je serai en état et que j’aurai une belle
figure, quelle revanche je prendrai. Je veux que ce soit effrayant. En attendant je
me
résigne comme je peux et je viens de te copier la prescription du médecin pour la
joindre à la petite capsule qu’ilb m’a envoyée hier pour toi par Eugénie. Maintenant je serai plus tranquille. Je saurai que tu as de
quoi attendre M. Louis le cas échéant.
Cependant j’espère que tu n’auras pas besoin de te servir de ce remède, mais enfin
trop de précaution ne nuit pas en pareille circonstance. Mon Toto, je vous aime, je
suis toute triste et toute abattue, mais je vous adore, tenez-vous le pour dit et
aimez-moi un peu pour la peine.
Juliette
a « ennuieux ».
b « le médecin » rayé.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.
- 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
- AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
- 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.
