« 19 janvier 1849 » [source : BC MS 19c Drouet/1849/22], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12049, page consultée le 27 janvier 2026.
19 janvier [1849], vendredi matin, 9 h.
Bonjour, mon cher adoré bien-aimé, bonjour. Bouche-toi le nez, car je suis fétide. Quelle nuit, mon pauvre adoré, quel supplicea ! D’y penser le cœur m’en lève encore. Jamais je n’ai rien senti de plus effroyable, tout cela accompagné du bruit de la pompe sous la tête de mon lit, des cris et des jurements des hommes et tu comprendras quelle nuit j’ai dû passer. J’en suis encore toute courbaturée. Heureusement que c’est à peu près fini quoique la pierre ne soit pas encore scellée. Je doute que la république elle-même sente plus mauvais. Pouah ! la vilaine sale et les affreux cacaotiers ! Heureusement que je vais changer d’air tantôt. En attendant je fais ce que je peux de mon nez, mais il reste mes yeux, ma langue et ma gorge que je ne peux pas supprimer. Quelle jolie lettre et quel style PARFUMÉ. En vérité tu es un gaillard bien heureux d’avoir une Juju si descriptive. Voime, voime, tu t’en passerais mieux que de brioche et même de gâteau de plomb. Sur ce, baisez-moi et tâchez de venir le plus tôt possible, car j’ai besoin de me rincer la bouche et de sentir quelque chose de bon. Juliette
a « suplice ».
« 19 janvier 1849 » [source : BC MS 19c Drouet/1849/23], transcr. Véronique Heute, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12049, page consultée le 27 janvier 2026.
19 janvier [1849], vendredi, midi ½
J’aurais bien envie de te tourmenter, mon cher petit homme, en te faisant une scène de jalousie. Mais, outre que cela ne m’avancerait à rien, cela t’ennuierait, ce que je redoute presque autanta que ton infidélité. Je rengaine donc ma bonne envie de grogner et je la garde pour une meilleure occasion. Cependant je ne veux pas que tu ignores que je suis très occupée de savoir où tu allais hier avec cet attirail formidable d’habit noir et de pardessus ? Il est peu probable que ce fût uniquement pour faire le trajet de chez toi chez moi et par la température la plus douce ? Ceci cache quelque mystérieuse partie de DOMINOS, quelque bonne fortune de Lorette à PORTIER1, quelque rendez-vous peu BOURGEOIS, mais trop COMIQUE pour mon amour très sérieux. Enfin je ne suis pas la dupe de cette toilette [mi-partie ?] couleur de muraille et sentant la mascarade à une lieue [illis.]. Je vous en préviens, comme certains maris prudents, pour que vous ne vous laissiez pas prendre en flagrant DÉLIRE de bastringue et de paillarderie. Maintenant que vous savez que je VEILLE, SURVEILLEZ-vous et tâchez de ne pas vous laisser pincer parce que je ne vous ferai aucune grâce. En attendant je vous baise en grinçant des dents.
Juliette
1 Maison close. Les prostitués qui racolaient sur le pas des portes étaient appelées des portières.
a « presqu’autant ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
Hugo est élu à l’Assemblée Législative. Le choléra sévit à Paris. Elle accueille pour la première fois sa sœur, son beau-frère et son neveu venus visiter Paris.
- 13 maiHugo élu à l’Assemblée législative.
- 9 juilletDiscours de Hugo sur la misère.
- AoûtSéjour à Paris de sa sœur, son beau-frère et son neveu.
- 8-17 septembreVoyage avec Hugo en Normandie.
