« 2 août 1847 » [source : MVH, α 7956], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4087, page consultée le 06 mai 2026.
2 août [1847], lundi matin, 8 h.
Bonjour, mon petit Toto, bonjour mon cher petit homme, bonjour. Si j’avais pu espérer
un seul instant que tu viendrais hier au soir je t’aurais tenu de la bonne bière bien
fraîche toute prête. Malheureusement je ne pouvais pas deviner que tu aurais cette
bonne pensée et voilà pourquoi tu as trouvé tout à SÈCHE1 et tout
éteint chez moi, ce qui m’a un peu vexée. C’est votre faute aussi car vous pourriez
très bien venir tous les dimanches soirs ; pour le temps que vous restez auprès de
moi
cela ne s’apercevrait pas beaucoup parmi vos visiteurs et cela me ferait un grand
plaisir. Hier, mon cher petit bien-aimé, je t’ai vu à peine une heure pour toute la
journée, une heure sur vingt-quatre ce n’est guère et tu me dois une fameuse
rabibochade aujourd’hui.
Si tu vas à la Chambre aujourd’hui j’irai te chercher et
en même temps j’irai savoir ce que devient ma fameuse robe de foulard. Il faut aussi
que j’aille chez le médecin avant 2 h. de l’après-midi car hier je n’ai pas pu être prête à temps. Voilà, mon
petit Toto, ce que je ferai tantôt si tu vas à la Chambre. Car si tu n’y vas pas je
ne
sortirai pas pour ne pas avoir la chance de te manquer dans le cas où tu viendrais
travailler chez moi.
Tu sais que ce pauvre Fouyou est le plus malheureux des chats de ne pouvoir pas passer huit nuits d’été de suite dans le jardin. Si tu étais bien bon
tu te dépêcherais de lui gagner ce congé. Je crois qu’il t’en serait bien
reconnaissant et que ta bonne œuvre serait fort goûtée par lui. Mais il faut te hâter
pour que ta bonne action ait du [sel ?]. En attendant, il attend et
nous attendons et je t’adore.
Juliette
1 La sèche est la « terre qui reste à sec à la basse mer » (GDU).
« 2 août 1847 » [source : MVH, α 7957], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.4087, page consultée le 06 mai 2026.
2 août [1847], lundi, midi ¾
Je viens de faire une excursion dans mon abricotier et j’y ai cueilli huit abricots
dont quatre avortés avant leur entière maturité. Il me paraît évident que ce pauvre
arbre est épuisé et qu’il ne tardera pas à rejoindre l’autre. Depuis que j’ai ce
jardin tous les arbres y meurent comme par ENCHANTEMENT, je crois que cette maison
ne
m’est pas heureuse. Tu vas te moquer de moi mais je sens ce que je dis plus que je
ne
peux l’expliquer. Du reste c’est ma faute car j’aurais dû ne pas quitter cette bonne
petite maison dans laquelle mon bonheur ne s’est pas démenti un seul jour pendant
les
neuf années que je l’ai occupée. Il n’y a pas de moment où je ne la regrette et où
je
ne me reproche de m’être laisséa
tenter par le jardin trompeur. Mon Victor je t’aime, ne te moque pas de mes tendres
superstitions car je les crois fondées et j’en ai la preuve dans les préoccupations
si
constamment tristes de ma pensée. Pardonne-moi de te dire toutes ces choses inutiles
puisque tu n’y peux rien et que c’est la conséquence naturelle de ma vie. Plus j’irai
en avant et plus la route sera triste et aride. Je ne dois pas m’attendre à autre
chose.
Il me semble que je suis injuste en te parlant ainsi parce que je
t’afflige sans nécessité. Je voudrais effacer tout ce que je viens de t’écrire et
y
substituer des paroles de tendresse, de joie et d’amour. Mon Victor ne crois pas ce
que je te dis. Je suis heureuse, je te souris, je t’aime. Quand tu viendras je te
le
prouverai en dépit de tous les présages menteurs qui m’entourent.
Juliette
a « laissée ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle écrit ses mémoires de couvent pour documenter l’épisode du Petit-Picpus dans Les Misérables.
- 23 janvierPremière de la reprise de Lucrèce Borgia à la Porte-Saint-Martin.
- 21 juinElle assiste avec Hugo à la messe à Saint-Mandé, pour le premier anniversaire de la mort de Claire.
- Août-septembreLiaison de Hugo avec Alice Ozy, qui est aussi la maîtresse de son fils Charles.
- 4 septembreLe corps de Claire Pradier est exhumé une seconde fois pour être placé dans un caveau au cimetière de Saint-Mandé.
- 7-9 septembreÀ la demande de Hugo qui s’en servira pour Les Misérables, Juliette écrit ses mémoires de couvent.
- 30 septembre-7 octobreVoyage en Normandie.
