« 1 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 1-2], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11623, page consultée le 05 mai 2026.
1er avril [1845], mardi matin, 10 h. ¼
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour, mon adoré petit Toto, bonjour,
comment vas-tu ? Je t’aime. Je me dispose à m’apprêter dans le cas où tu
voudrais, en l’honneur du 1er avril, m’attrapera en me faisant
sortir tantôt. L’exactitude de cette nuit n’est pourtant pas très
encourageante mais rien ne saurait me rebuter tant que je croirai que ce
n’est pas de ta faute. Donc, je vais me dépêcher de faire mes affaires
pour être prête à midi, dans le cas où je serais assez heureuse pour que
tu me fasses sortir. Il fait un temps ravissant du reste et je serais à
la joie de mon coeur si je pouvais respirer en plein air avec toi.
Tu es bon, mon Victor, tu es ineffablement bon. Tous les jours je te
trouve plus doux, plus beau et plus charmant. Tous les jours je t’aime
davantage sans que je puisse deviner comment cela se fait puisque depuis
le premier jour où je t’ai vu, je t’ai aimé de toute mon âme. Je ne
m’explique pas ce phénomène, mais je l’éprouve au plus profond de mon
cœur. Tu auras sans doute été ramené chez toi par quelque complaisant
admirateur, mon Toto ? Je ne peux pas croire que, si tu avais été libre
de venir m’embrasser cette nuit, tu ne serais pas venu après la promesse
que tu m’avais faiteb
et sachant combien je t’attendais et je te désirais. Quand tu viendras,
tu me diras cela et je suis sûre que je ne pourrai pas t’en vouloir. En
attendant, je t’adore.
Juliette
a « m’attrapper ».
b « faites ».
« 1 avril 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16359, f. 3-4], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11623, page consultée le 05 mai 2026.
1er avril [1845], mardi après-midi, 1 h. ¾
Il est prèsa de 2 h., mon Toto, tu as un rendez-vous à cette heure-là, m’as-tu dit, il est donc inutile que je compte sur toi. Depuis une heure, je suis sous les armes, le chapeau sur la tête et les gants dans la mainb. Je ne sais que faire ? J’ai envie de me déshabiller, car rien n’est plus gênant que cet attirail pour rester chez soi. D’un autre côté, j’ai tant de chance qu’il ne serait pas impossible que tu arrivassesc me chercher au moment où je viens d’endosser ma robe de chambre. Je ne sais que faire ? Outre la privation de ne pas être avec toi, j’ai l’ennui de ne savoir que faire. Je suis au désespoir de t’avoir demandé à sortir. Te voilà, mon pauvre bien-aimé.
8 h. du soir
J’en étais là, mon amour, quand tu es arrivé, avec ton doux et noble
visage souriant, me prendre pour sortir. Je t’en remercie, mon Victor,
car tu m’as donné bien de la joie dans le trop court moment que nous
avons passé ensemble. J’espère aussi que cela m’aura fait un peu de bien
et que j’aurai moins d’étourdissements et moins de douleurs de cœur.
Merci, mon cher bien-aimé, merci.
Je t’avais dit que je reviendrais
par le Pont-Neuf, mais dès que j’ai été abandonnée à moi-même, je suis
revenue par le même chemin, comme lorsque je revenais des Roches1. Je cherchais
à retrouver la trace de ton joli petit pied pour y mettre le mien
aujourd’hui, je tâchais de reconnaître les pavés sur lesquels tu avais
marché pour y poser mon pied. C’était doux et triste à la fois. J’aurais
voulu refaire la promenade entière, mais malgré le désir que j’en avais,
je n’ai pas osé le faire sans t’en avoir prévenu. Je suis revenue par la
rue Louis-Philippe et la rue de la Perle jusqu’à chez moi où je
t’attends, l’amour dans le cœur et sur les lèvres.
Juliette
1 Victor Hugo et Juliette Drouet firent deux séjours aux Metz, près de Jouy et des Roches dans la vallée de la Bièvre, en 1834 et 1835. Ils retourneront une journée voir la maison des Metz où logeait Juliette, le 26 septembre 1845.
a « prêt ».
b « la mains ».
c « tu arrivasse ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
