« 8 janvier 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 27-28], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5115, page consultée le 03 mai 2026.
8 janvier [1845], mercredi matin, 9 h. ½
Bonjour, mon Toto bien aimé, bonjour, mon cher amour adoré, bonjour, toi,
bonjour, vous. Je vous dis que vous êtes mon Toto ravissant. Je le sais
bien, peut-être. Comment vas-tu, mon Toto ? Je ne te dis pas où en
es-tu ? Parce que tu ne me le dirais pas et que tu me ferais ta bonne
lippe significative qui veut dire : « Taisez-vous, vous m’ennuyez ». Mais cela ne
m’empêche pas de désirer bien fort savoir où tu en es et si tu seras
prêt sans trop de fatigue au jour dit. Si c’est une indiscrétion, j’en
suis très coupable et pas du tout fâchée. J’aime à savoir tout ce que
vous faites, surtout quand cela peut te contrarier ou te rendre malade.
N’est-ce pas que j’ai raison et que tu me permets de fouiller dans tes
poches et de les barbotera jusque dans leurs
plus grandes profondeurs ? Je regarde la permission comme accordée et
j’en userai, mon petit Toto chéri, sois bien tranquille.
Tu sais
que je suis levée et que j’ai très mal à la tête et que je suis de plus
en plus patraque. Vraiment je me détérioreb beaucoup. J’ai mal
à la gorge, je suis fort mal à mon aise. Cela arrive d’autant mieux que
je ne suis plus chez moi et que je ne sais pas quand j’y serai. Enfin il
faut se conformer à sa triste destinée mais c’est bien ennuyeux, je
t’assure. Tu auras joliment d’arrérages à me payer dans mon nouveau
logement. Ne crois pas que je t’en donne quittance avant que tu ne me
les aies fidèlement payés avec les intérêts. Des intérêts, des intérêts,
des intérêts, des intérêts. Tu sais qu’en amour le capital se double en
dix minutes. Ainsi, juge de ce que tu auras à me rembourser ! Cela me
fait frémir de joie. En attendant, j’accumule et je thésaurise amour sur
amour. C’est un plaisir d’avare quand on est seul à en jouir. Dieu sait
que c’est malgré moi et que j’aimerais mieux le partager avec toi que de
le mettre dans ma paillasse.
Juliette
a « barbotter ».
b « déterriore ».
« 8 janvier 1845 » [source : BnF, Mss, NAF 16358, f. 29-30], transcr. Jeanne Stranart, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5115, page consultée le 03 mai 2026.
8 janvier [1845], mercredi soir, 5 h. ¼
Merci, mon Toto, merci, mon adoré, merci de tes précieux petits morceaux
de papier, merci, merci. Tous les chevaliers réunis et tout leur arsenal
ne valent pas la barbe de ta plume pour nous défendre. Merci, mon adoré,
mon généreux défenseur, merci pour moi et pour toutes les femmes de
l’univers. J’espérais que tu serais venu tout à l’heure. Le désir et le
besoin que j’ai de te voir me fait trouver de l’espoir là où il n’y a
aucune raison d’en avoir, aujourd’hui moins encore que les autres jours
puisque tu es occupé et que ton travail est encore plus impérieux que
d’habitude. Mais c’est plus fort que moi. Il faut que je t’attende et
que je t’espère comme si tu pouvais venir au gré de mon désir et de mon
amour.
Aujourd’hui a commencé le premier ennui de : appartement à louer. Presque rien, du reste,
deux simples et très discrètes visiteuses qui sont venues pendant que je
causais avec Mme Guérard. Je serais trop heureuse si
la corvée se bornait à cela tous les jours. Ce que je redoute, ce sont
les curieux et les grincheurs qui, sous
prétexte de voir des appartements, viennent regarder les gens sous le
nez et les dévaliser.
J’ai été interrompue par la petite
Lanvin qui m’a apporté mon linge. Je l’ai reçu,
donné et rangé. Maintenant me voici tout à toi. Si tu viens, je ne serai
dérangée par rien. Mais si tu viens plus tard, je serai à dîner et tu ne
feras encore qu’entrer et sortir, ce qui me fait juste autant de bien au
cœur qu’une goutte d’eau sur une barre de fer rouge. Justement, voici
Mme Saur..... 8 h. ½. Ô, viens ce soir, mon adoré, que je
t’embrasse encore une fois. Je t’en suppliea, mon Toto bien
aimé.
Juliette
a « je t’en suplie ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle déménage dans une jolie petite maison avec jardin, et Hugo (moins jaloux car infidèle) relâche la surveillance étroite qu’il exerçait sur elle.
- 10 févrierJuliette déménage du 14 au 12, rue Sainte-Anastase.
- 1er marsHugo vient dîner pour la première fois dans son nouveau logement.
- 25 marsMort de M. Foucher, beau-père de Victor Hugo.
- AvrilVictor Hugo accorde à Juliette le droit de sortir seule.
- 13 avrilHugo nommé Pair de France.
- 2 juilletHugo surpris avec Léonie en flagrant délit d’adultère dans leur chambre du passage Saint-Roch, par M. Biard et la police. Juliette n’en saura rien, malgré le scandale dans les journaux.
- 8-10 septembreEscapade de Hugo, peut-être avec Léonie Biard, près de Montfermeil.
- 26 septembrePèlerinage de Juliette et Victor Hugo aux Metz.
